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Bristol City, une ode à la verve

On ne les attendait pas à pareille fête. Ils ont surpris, ils ont enchanté, ils ont enthousiasmé. L’aventure de Bristol City dans les hauteurs du Championship paraissait pourtant illusoire. Mais avec un coach aux idées de jeu très précises, une jeunesse talentueuse, les Robins trustent une honorifique troisième place à la mi-décembre. Cerise sur le gâteau, la communication digitale du club sur Twitter est devenue l’une des attractions du réseau social chaque week-end. Un véritable vent de fraîcheur.

Voici désormais le quotidien d’un bon nombre de twittos les jours de match de Bristol, attendre que les Robins fassent trembler les filets adverses. Pourquoi ? C’est très simple, pour voir le fameux « GIF » du buteur avec un bonnet de Père Noël sur la tête et une guirlande autour du cou, jouant avec un extincteur, se brossant les dents ou recevant un œuf sur le front par un coéquipier : « Cela a commencé alors que les gars faisaient des célébrations assez classiques, mais certains se sont amusés à faire n’importe quoi et puis ça a dégénéré » racontait l’international australien et capitaine du club Bailey Wright à Sky Sports « Maintenant, c’est devenu une vraie compétition entre nous pour trouver la célébration la plus originale et ça donne envie aux mecs de marquer encore plus. » Ces célébrations sont à chaque fois partagées en quelques minutes et font la réputation d’une équipe en pleine explosion cette saison. Pourtant, Bristol revient de loin. Sauvée de justesse de la relégation l’an dernier, l’équipe de Lee Johnson n’était pas cotée depuis sa montée en 2014.

Avec fraîcheur, les joueurs de Bristol se prennent volontiers au jeu de la célébration la plus décalée
Le meilleur buteur des Robins Bobby Reid a un goût prononcé pour les extincteurs

Prise entre le marteau et l’enclume, elle s’est reposée sur le talent de Tammy Abraham (Swansea) auteur de 23 buts en 41 matchs disputés qui a grandement participé au sauvetage des Robins en mai dernier. Parti au Pays de Galles, le prodige anglais laissait derrière lui une équipe orpheline de son buteur. Dès lors, Bristol plongeait dans l’inconnu et surtout sans la moindre certitude. Mais, avec surprise, la cité du sud-ouest de l’Angleterre a démarré la saison escortée d’un nouveau style de jeu. Plus rapide, plus fluide, plus efficace, Bristol surprend et manu militari ses adversaires un à un. Une renaissance par le jeu qui n’a fait que gonfler les statistiques : quatrième meilleure attaque, sixième meilleure défense, des chiffres très loin de ceux de l’an passé à la même époque.

La philosophie de jeu est vraiment importante pour une équipe. La saison dernière, je pensais l’avoir inculqué à mon équipe, mais peut-être que je n’étais pas parvenu à la faire passer correctement.

Seuls Preston, Leeds et Birmingham sont parvenus à faire tomber la formation de Lee Johnson en 22 journées : « La philosophie de jeu est vraiment importante pour une équipe. La saison dernière, je pensais l’avoir inculqué à mon équipe, mais peut-être que je n’étais pas parvenu à la faire passer correctement. Maintenant, les joueurs répondent à mes exigences aussi bien à l’entraînement que sur le terrain. On avance dans le bon sens » racontait l’un des plus jeunes coachs de Championship (36 ans) au mois d’octobre alors que les Robins étaient encore une équipe en phase de développement. Une prise de conscience radicale qui a transformé vertigineusement un effectif candide – le plus jeune du championnat (25 ans de moyenne d’âge) – en un adversaire redoutable.

Une stratégie de développement tournée vers la formation

Ravi de cette période faste pour son club, le propriétaire de Bristol Stephen Lansdown se félicitait du travail qui avait été fourni dans la formation depuis plusieurs années au Bristol Post le 27 novembre dernier « La formation doit être la pierre angulaire d’un club de football. Nous devons développer nos propres joueurs dès le plus jeune âge lorsque nous les recrutons et leur donner toutes les chances de se frayer un chemin jusqu’en équipe première et devenir des footballeurs professionnels. Nous avons franchi un cap depuis en 2012 en investissant massivement sur l’academy. » Un pari qui commence à devenir payant puisque quatre joueurs issus de l’academy fournissent l’équipe première, notamment Bobby Reid, le maître artificier des Robins (11 buts) et l’excellent latéral gauche Joe Bryan. Un travail que devra pérenniser David Horseman revenu au club début septembre après un bref intermède d’un an à Watford « Bristol City est un endroit vraiment dynamique et il y a un vrai sens de la solidarité ici racontait-il au Herald Scotland à son retour « L‘academy est vraiment florissante en ce moment, avec beaucoup de joueurs passant des équipes de jeunes jusqu’à l’équipe première. Beaucoup de joueurs désormais pros ici étaient à l’academy avant que je ne quitte le club. Je les aurais recrutés si je n’étais pas revenu. » De quoi encore  légitimer davantage les performances de Reid et consorts.

La formation doit être la pierre angulaire d’un club de football. Nous devons développer nos propres joueurs dès le plus jeune âge lorsque nous les recrutons et leur donner toutes les chances de se frayer un chemin jusqu’en équipe première et devenir des footballeurs professionnels.

Dans sa quête de développement, Bristol a voulu mettre les petits plats dans les grands en rénovant son centre d’entraînement de Failand qui comprendra un terrain principal avec une tribune de 500 places, ainsi que d’autres zones d’entraînement adjacentes à l’horizon 2018 « C’est quelque chose dont m’avait parlé le club lorsque j’ai signé ici » expliquait récemment Lee Johnson en conférence de presse « Avec ces installations flambant neuves, on met toutes les chances de notre côté pour réussir. »

Le plan des nouveaux terrains de Bristol
Voici à quoi devrait ressembler le centre d’entraînement des Robins après la rénovation

Des garçons de devoir

L’une des forces de Bristol City est également de compter sur un socle de joueurs au club depuis plusieurs saisons comme Marlon Pack, Gary O’Neill, Korey Smith, et surtout Aden Flint. Un colosse de pratiquement deux mètres qui a scoré (déjà) à six reprises en Championship alors qu’il évolue en charnière centrale… Ce dernier a même offert les trois points de la victoire à sa formation dans les ultimes secondes du choc qui l’opposait à Sheffield United actuellement quatrième au classement. A l’issue de cette partie intense, son coach avait porté un regard dithyrambique sur la nouvelle performance XXL qu’il venait de produire « Il a été excellent. Chaque fois qu’il est dans la surface adverse, il cause un problème et marque des buts. Il doit aimanter le ballon ! Il est en train de devenir une véritable icône au sein du club. » Malgré le vif intérêt de plusieurs clubs de Premier League, Bristol avait balayé les offres d’un revers de main cet été, Aden Flint n’est pas à vendre, pour la plus grande joie de Lee Johnson « Nous voulons le garder à tout prix. Nous y sommes parvenus à le faire durant l’été alors qu’il y avait eu de nombreuses propositions. C’est une réussite. »

Une reconversion en tant que buteur pour Aden Flint ?
Avec six buts au compteur, Aden Flint est le défenseur le plus prolifique du Championship

Tout comme le transfert de Nathan Baker en provenance d’Aston Villa. Supplicié par son club formateur, le défenseur central a retrouvé la lumière et le goût de jouer, lui qui avait déjà été prêté une saison chez les Robins il y a de cela deux ans : « Le coach m’a appelé avant mon arrivée, il m’a parlé de ses ambitions et comme je l’ai dit, c’est plus que suffisant pour moi. Il te rend la confiance que tu lui donnes, Il croit en ce que tu fais, il amène les joueurs dans son projet de jeu » expliquait Baker sur le site du club.

Un projet aujourd’hui payant au classement. Troisième à seulement quatre petits points de Cardiff, Bristol tient la dragée haute aux grosses écuries en proposant un football tous azimuts, sans retenue, et qui est le symbole de sa réussite. Si sur le long terme, la jeunesse de l’effectif pourrait être salvateur dans les rencontres à enjeu, elle aura eu le mérite de s’immiscer sur des hauteurs qu’elle n’avait plus entrevues depuis 2008 et une finale de playoff perdue face à Hull. Tout cela en jouant.

L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.