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Andreï Arshavin, le dernier tsar

Lors de l’Euro 2008, en seulement deux matchs, Andreï Arshavin a séduit l’Europe et changé le visage de la sélection russe. Dix ans plus tard, qu’en est-il de lui ? Retour sur la trajectoire d’un joueur qui n’a jamais confirmé son immense talent.

La plupart l’ont découvert lors de l’Euro 2008 avec sa prestation cinq étoiles face aux Pays-Bas. Découvert sur le tard, Arshavin avait pourtant à son actif un grand nombre de saisons au meilleur niveau. Formé au Zenit Saint-Pétersbourg, il intègre en 1999 l’équipe réserve en deuxième division russe. L’année suivante il intègre l’équipe première dont il deviendra peu à peu le joueur clé. Lors de la saison 2006-2007, il commence à se faire remarquer en tant que leader de l’équipe russe qui remporte son premier championnat depuis 1984. L’année suivante il mène le Zenit Saint-Pétersbourg à la victoire en coupe de l’UEFA grâce à son talent et son explosivité et à deux passes décisives en finale. Son bon rendement en club lui vaut d’être appelé par Guus Hiddink pour l’Euro 2008, tournoi qui marquera sa carrière.

Une révélation tardive

Paradoxalement, le tournoi ne commence pas de la meilleure des manières pour Arshavin. En effet, suspendu pour avoir donné un coup de pied lors du dernier match qualificatif face à l’Andorre, il ne dispute pas les deux premiers matchs (défaite 4-1 face à l’Espagne et victoire 1-0 face à la Grèce). Il débute lors de la troisième rencontre, lors d’un match couperet face à la Suède pour la deuxième place du groupe. Ce jour-là, le numéro 10 est déterminant en marquant le deuxième but de son équipe qui certifie la qualification des Russes.

En quart de finale attendent les Pays-Bas, équipe sensation et favoris du tournoi grâce à leurs larges victoires contre l’Italie (3-0) et la France (4-1) au premier tour. Mais c’est sans compter sur un Arshavin extraordinaire qui, à 27 ans, réalise ce jour-là l’un de ses matchs les plus mémorables. Il prend le jeu de l’équipe à son compte, et déborde inlassablement la défense batave obligée de l’arrêter par des fautes. Incontrôlable, il est à l’origine de l’action qui mène à l’ouverture du score de la Russie par Pavlyuchenko, avant que Van Nistelrooy n’égalise.

C’est dans les prolongations que sa légende va s’écrire avec une passe décisive pour Torbinski et un but qui envoient la Russie en demi-finale. Cette performance fait le tour du monde et toute la planète découvre le génial meneur de jeu. Au tour suivant, les Russes seront sortis sèchement par l’Espagne (3-0). Arshavin apparaît dans le onze type du tournoi et devient l’objet de convoitises de la plupart des grandes équipes d’Europe suite à son exhibition. Il finira cette année-là sixième au Ballon d’or.

On a souvent parlé de lui comme d’une révélation alors que le russe était tout de même âgé de 27 ans. Une éclosion tardive qui peut s’expliquer par plusieurs raisons. D’une part, Arshavin n’a connu qu’un seul club avec lequel il n’a pas gagné de trophée avant 2007 aussi bien sur le plan national qu’international. D’autre part, le manque de visibilité du championnat russe sur la scène européenne amenuise les chances de se faire repérer par les recruteurs de grands clubs.

Arshavin
Tu te souviens de ce match épique entre Liverpool et Arsenal en 2009 ? 4-4, et 4 buts d’Arshavin. Inoubliable. (crédit : independent.co.uk)

Un rêve européen brisé

Très courtisé pendant l’été et ayant annoncé qu’il souhaitait quitter le Zenit, en janvier 2009, c’est finalement Arsenal qui recrute le meneur de jeu. Si sa première saison est plus que correcte, il laisse surtout dans les mémoires un magistral poker face à Liverpool lors d’un match de folie (4-4). La saison suivante, Arshavin alterne passages sur le banc et titularisations. Il s’avère plus efficace en tant que joker de luxe et se distingue par quelques entrées décisives.

En février 2012, en manque de temps de jeu à Arsenal, il est prêté jusqu’à la fin de la saison à son club formateur le Zenit Saint-Pétersbourg afin qu’il retrouve son meilleur niveau. Il revient à Arsenal en juillet 2012 et le club l’informe qu’il ne sera pas prolongé. S’ensuit un transfert au Zenit où il joue deux saisons (6 buts en 46 matchs) en remportant le titre en 2015 à 34 ans. Par la suite il signe un contrat de six mois pour le Kouban Krasnodar. En 9 matchs, il ne convainc pas les dirigeants qui libèrent le joueur.

La trentaine bien entamée, Archavin part alors au Kazakhstan et s’engage pour 2 saisons avec option au Kairat Almaty.  En cinq mois, le Russe dispute 25 matchs (21 en championnat et quatre en Ligue Europa), signant huit buts. Sous l’impulsion de son meneur de jeu, Kairat atteint le deuxième tour préliminaire de l’Europa League.  Après avoir dominé les Albanais de Teuta Durrës, le club d’Almaty échoue de justesse face au Maccabi Tel-Aviv. Toujours à la baguette, Arshavin orchestre également la remontée au classement de son équipe. Aujourd’hui il a joué plus de 70 matchs en marquant 21 buts.

Des performances trop maigres malgré tout pour aspirer à un retour en sélection nationale lors de la Coupe du Monde 2018 organisée par sa Russie. Sélection avec laquelle il n’est plus appelé depuis 2015 (17 buts en 75 sélections). Aujourd’hui âgé de 37 ans, le russe laisse par moment transparaître la qualité et les détails techniques qui rappellent par instants ce joueur qui a ébloui toute l’Europe et désespéré les Pays-Bas un samedi soir, à Bâle il y a dix ans.

Article rédigé par Miguel Hernandez, journaliste à Genève (@Mig19Hernandez sur Twitter)

L’auteur

Benjamin

Benjamin

Fan inconditionnel d'Arsenal depuis la douloureuse finale européenne au stade de France en 2006. Attend impatiemment la gloire retrouvée d'un club forgé par la légende Arsène, enfin parvenu à tourner la page. À la fois procrastinateur et salarié de l'Education Nationale, fan de séries et musicien à ses heures perdues.