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Arsenal, la Guerre des Boards

Comme chaque année, le bilan financier d’Arsenal est publié et l’Assemblée Générale a lieu. Les résultats de la saison 2016/17 sont bons. Bons, non pas pour ces supporters désespérés de voir des résultats sur le terrain, mais bons, pour cet homme dans sa tour d’ivoire : Enos Stanley Kroenke. Le plus que contesté – pour ne pas dire honni – actionnaire majoritaire des Gunners cristallise l’attention sur ce début de saison, entre offres de rachat et envies de monopole, sur fond de résultats sportifs insatisfaisants.

Un club, en perte d’identité

Un mot revient toujours chez les supporters d’Arsenal : identité… Voilà un vaste mot, synonyme de tout et de rien. L’identité, mais qu’est-ce ?  Dial Square, Woolwich Arsenal FC, Royal Arsenal FC, The Arsenal, Arsenal FC… Herbert Chapman, George Allison, Tom Whittaker, Bertie Mee, George Graham, Arsène Wenger… Manor Ground, Invicta Ground, Highbury Stadium…  Ces noms, ces lieux, ces figures historiques, sont gravés pour l’éternité dans l’histoire du football et du club. Rappeler tout cela est un peu vieux jeu, mais qu’importe. Supporter un club c’est embrasser toute une histoire, tout un héritage.

Bannière "J'aime l'équipe, pas le régime". Stan et Wenger Out
La colère monte chez les supporters (crédit www.thesun.co.uk)

Le fond du problème à Arsenal est là. Les fans ne se reconnaissent plus en l’institution. La raison principale ? Le Board. Historiquement, le club du Nord de Londres a appartenu à deux familles : la famille Bracewell-Smith et la famille Hill-Wood. L’année 2007 a marqué un tournant avec l’ouverture du club aux actionnaires étrangers et ce jusqu’en 2011 : Stan Kroenke, et Alisher Ousmanov, un duel États-Unis – Russie, furent propulser dans l’actionnariat.

2007, une date qui coïncide avec le départ de Thierry Henry au FC Barcelone et celui de David Dein, ancien actionnaire du club, mais surtout le directeur sportif d’Arsenal, celui qui travaillait main dans la main avec Arsène Wenger, celui qui a fait venir Dennis Bergkamp, Patrick Vieira, Emmanuel Petit, Thierry Henry et celui qui prenait les décisions lorsque l’entraîneur hésitait. N’oublions pas le déménagement à l’Emirates Stadium, stade flambant neuf qui n’a jamais (véritablement) remplacé Highbury dans les coeurs, tant le prix des places a changé le public du stade et installé une ambiance de théâtre.

Le seul “vestige” du glorieux passé qui subsiste encore est le coach, Arsène Wenger. La tâche qu’il devait accomplir pendant toutes ces années étaient de rembourser le stade, en ayant un maximum de revenus avec un minimum d’investissement. Un sacré casse-tête, d’autant que Wenger s’est vu accorder de multiples casquettes, en travaillant sans directeur sportif, et avec un staff qui ne lui tenait pas tête (hormis Boro Primorac). Toutes ces saisons qui se terminaient avec des départs de cadres (Van Persie, Nasri, Adebayor, Fabregas) étaient le prix à payer pour un avenir radieux. “Build the Emirates, to compete with Barcelona and München”. Pendant ce temps là, les oligarques prenaient le contrôle de Chelsea, de Manchester City, et injectaient leur fortune dans l’achat de joueurs hors de prix. Par amour du maillot, les fans ont accepté les sacrifices et attendaient, silencieusement, que sonne l’heure du retour d’Arsenal.

Aujourd’hui, Arsenal a “remboursé” le stade. Plus précisément, le club a mis de côté la somme nécessaire au payement, le contrat de prêt stipulant qu’en cas de remboursement anticipé, une indemnité devrait être payée. Ainsi, malgré des moyens plus que conséquents, Arsenal paraît toujours aussi loin du titre de Premier League. Certes, l’équipe a glané 3 FA Cup et 3 Community Shield depuis 2014 mais en championnat et en Europe, rien n’a changé. Les huitièmes de finale de la C1 furent toujours des éliminations face aux grands d’Europe avec comme point d’orgue, ce fameux 10-2 cumulé face au Bayern qui reste encore une plaie ouverte dans la mémoire des fans. En championnat, un scénario presque hitchcockien se reproduisait inlassablement : Arsenal s’effondrait  encore et toujours, à quelques marches de la gloire. Et quand le titre leur tendait enfin les bras, avec des rivaux aux abonnés absents, le petit poucet Leicester raflait la mise et s’offrait une place indéboulonnable dans le panthéon des plus grands exploits jamais enregistrés dans le sport. Petite originalité cela dit, après 20 années consécutives de Champions League, les Gunners ont voulu changer les bonnes vieilles habitudes, exit la Ligue des Champions, bonjour l’Europa League.

Outre les mauvais résultats sportifs, la question de l’identité revient toujours. Les Baby Gunners, eux, donnaient des frissons, des matchs épiques comme ce 4-4 contre Liverpool, cette victoire 2-1 face au grand Barça de Guardiola, ou le 5-3 à Stamford Bridge. Les Gunners pouvaient se vanter d’avoir le beau jeu, le “Wenger Ball,” à défaut d’avoir des titres. Après tout, c’est ça le sport, des émotions qui vous saisissent. Maintenant, ce beau jeu se fait de plus en plus rare, la magie ne prend plus, les stars ne répondent pas toujours présentes et même Arsène Wenger semble dépassé par les événements. Voilà pourquoi les rangs des “Kroenke Out” et des “Wenger Out” ne cessent de grandir parmi la fanbase.

Kroenke, un des problèmes

Il est facile de donner un bouc-émissaire pour tous les maux d’Arsenal, chaque étage ayant son propre lot de responsabilité. Toutefois, pointer du doigt Stan Kroenke est plus que légitime.

“Nous ne voulons pas de ce type d’actionnaires” disait Peter Hill-Wood à l’époque. Pourtant, le loup est entré dans la bergerie. Il a racheté les 9,9% de ITV, puis est monté à 20,5% en rachetant ceux du feu diamantaire Danny Fiszman à 28,3% avec celles de Richard Carr. Son ascension s’est achevée avec le rachat des dernières parts de Fiszman et de Nina Bracewell-Smith. Le “tycoon” comme disent les anglais rassuraient… Son approche, qui consiste à s’asseoir et laisser le club tourner seul sans s’impliquer, était un gage de stabilité autrefois.

“Nous ne voulons pas de ce type d’actionnaires” – Peter Hill-Wood

Kroenke
L’ennemi-public N°1 (crédit : www.theguardian.com)

C’est cette “stabilité” qui est aujourd’hui critiquée. Un actionnaire qui n’assiste qu’à peu de matchs,  se prononce peu dans la presse, n’est pas un actionnaire qui véhicule une quelconque soif de victoire, une passion du football comme le ferait un Roman Abramovitch. Toutes les décisions prises par le club contribuent à rester dans une zone de confort, cercle vertueux où le minimum d’efforts rapporterait le maximum d’argent. Prenons un exemple, la prolongation d’Arsène Wenger. Quel que soit l’avis qu’on peut avoir sur le sujet, sa prolongation est un compromis, entre une direction et un manager ayant peur du changement qui mettrait fin à un cycle.

Le confort, voilà le mot parfait pour décrire l’attitude sportive du board en place. Financièrement pourtant, tout va bien. Les Gunners ont enregistré £77,2M de revenus supplémentaires par rapport à la saison dernière avec un joli score de £422,8M. Au niveau de la valeurs de ses actifs, lorsqu’il a commencé à racheter avec Usmanov, chaque part coûtait environ £7,5-10K. Aujourd’hui, elles valent £32K environ. Grosse progression, avec pourtant un chiffre clé : 0. Zéro, comme le nombre de centimes injectés dans le club dans un contexte de dettes. Après tout, “Je n’ai pas acheter des parts d’Arsenal pour gagner des trophées”, illustre parfaitement l’ambition qui l’anime.

“Je n’ai pas acheté des parts d’Arsenal pour gagner des trophées” – Stan Kroenke

Pire que cela, Stan Kroenke, en plus de percevoir des dividendes habituelles, utilise l’argent du club à des fins personnels… Arsenal aurait été le garant de plusieurs de ses transactions financières, ce qui a bloqué des fonds, qui auraient très bien pu être utilisés sur le marché des transferts par exemple. Aussi, des frais de consulting de 3 millions de livres sterling furent facturés au club… Ces 3 millions correspondraient exactement à l’augmentation des prix des places à l’Emirates. Cet abus fut dénoncé par l’Arsenal Supporters Trust qui a eu gain de cause en faisant pression. Cela vous situe tout de même la “beauté” personnage…

Pourquoi a-t-il besoin de cet argent ? Son compte en banque est rempli, sa fortune étant estimée à 8 milliards selon Forbes. Il possède le plus grand ranch au monde, il est un des héritiers de l’empire Wallmart par alliance et possède via Kroenke Sports & Entertainment, plusieurs grosses franchises : les L.A Rams en NFL – qu’il a d’ailleurs délocalisé depuis Saint-Louis – les Colorado Rapids en MLS, les Colorando Avalanche en NHL et les Denver Nuggets en NBA, ainsi que des médias, comme la très controversée chaîne dédiée à la chasse. Ironie de l’histoire, toutes ces franchises n’ont jamais gagné de titres majeurs en championnat. De l’argent, toujours plus d’argent…

Mais soit, qu’en est-il de ses promesses ? Dans des documents officiels de rachat en 2011, qui ont comme par hasard disparu de Google, mais sont toujours accessibles ici, le milliardaire disait vouloir rétablir le dialogue avec les fans.

“Mr. Kroenke a fait, de rencontrer des supporters et des groupes de fans (dans un cadre formel ou informel) une de ses priorités. Il reconnait que les fans sont au coeur du club. Leur opinion et leur engagement sont très importants pour lui. Mr Kroenke s’attend à ce que les dirigeants d’Arsenal continuent de collaborer avec les supporters pour le bien à long-terme du Club.”

En 2017, aucune réunion n’a été organisée avec un quelconque groupe de représentants.  Et de nouveaux documents en 2012, après le rachat, comportent de nombreux points, insignifiants pour certains – comme le nombre d’adhérents sur un site –  hormis cette promesse envers les fans. Quelle coïncidence, n’est-ce pas ? Dans ces mêmes documents, était inscrite la promesse de ne pas utiliser l’argent d’Arsenal. La suite on la connait :

“the Offer is not being funded by way of any debt finance (bank loans, payment in kind loans or other debt or quasi-debt interest bearing obligations) for which the payment of interest on, repayment of, or security for any liability (contingent or otherwise) will depend on the business of Arsenal.”

vs “In the prior year, the costs of the takeover transaction related to professional advice to the Company in connection with the offer and share acquisition whereby KSE UK Inc. acquired a controlling interest in the shares of the Company.”

En bref, Stan Kroenke appartient à cette catégorie de dirigeants, qui ne se soucient guère de leur propriété dans leur globalité, mais seulement de ses revenus.

Is there an alternative ?

Pour saisir l’ampleur de la situation à Arsenal, il faut voir le problème sous tous les angle. Est-ce qu’il y a une alternative à Stan Kroenke ? Il a la main mise sur le Board, reste l’actionnaire majoritaire… Tous les pouvoirs sont à lui et à lui seul. Cela dit, avec le football business, l’actionnariat d’Arsenal ne manque pas de prétendants. En tête de gondole, un certain Alisher Usmanov. Usmanov est en quelque sorte, le dernier “espoir” des Gooners, beaucoup veulent qu’il ait une place dans le conseil d’administration d’Arsenal et rachète les parts de Kroenke. Fan auto-proclamé du club et partenaire en affaires de David Dein, il semble être à l’opposé de Kroenke.

Mais ne nous voilons pas la face, Usmanov est-il vraiment venu à Arsenal par amour du club ? Dans son autobiographie, Len Shackleton a consacré aux propriétaires un chapitre dont le titre était “la connaissance du football du dirigeant”. Ce chapitre était une simple page blanche. Tout y était dit.

Ousmanov avec Vladimir Poutine
Usmanov, un des oligarches proches du pouvoir russe (crédit : www.thesun.co.uk)

Alisher Usmanov comme Stan Kroenke est un multi-milliardaire. 18 milliards de fortune personnelle, dirigeant de l’énorme groupe métallurgique russe MetalloInvenst, propriétaire d’une partie du web et des médias russes (Mail.ru, Gazeta.ru, Facebook, Groupon, le journal Kommersant, l’opérateur MegaFon, Media Holding UTV). Il a été Président de la Fédération Internationale d’escrime, sport qu’il a pratiqué à très haut niveau. Il est pour certains l’homme le plus riche de Russie, titre avec lequel va toute une zone d’ombre : discret, proche de l’administration Poutine, mécène d’oeuvres d’art – il a restitué à l’État de nombreuses oeuvres – et condamné dans les années 80 pour viol et extorsion avant d’être blanchi après la chute de l’URSS. Ainsi, comment juger de ses intentions ? A-t-il pour projet de faire du profit, ou est-il dans l’optique d’un Abramovitch, en injectant des millions de sa propre fortune ?

La vérité est que tout supporter, quel qu’il soit, se préoccupe peu du propriétaire de son club, et des raisons qui l’ont poussé à investir, tant que son équipe gagne des trophées. Or, à Arsenal, le goût de la victoire se perd et on se pose (forcément) des questions.

Revenons-en aux faits. Usmanov a fait une offre de 1,3 milliards en mai dernier pour racheter les 67% détenus par Stan Kroenke (ce qui porterait ses parts à 97%). Offre bien entendu rejetée par l’américain. Depuis, l’inquiétude plane sur l’engagement d’Ousmanov auprès du club. Tout d’abord, l’offre de Kroenke pour racheter ses parts a semé le doute chez les fans, avec une demande officielle de l’Arsenal Supporters Trust de “ne pas céder”, mais la raison surtout de cette inquiétude vient du fait que l’ancien associé d’Usmanov dans les Red & White Holdings, Farhad Moshiri est devenu actionnaire d’Everton (à hauteur de 49,99%). De plus, Usmanov via sa holding USM, a financé le centre d’entraînement d’Everton, dénommé Finch Farm. L’absence de siège dans le Board d’Arsenal et donc l’absence de poids décisionnel  serait une raison valable pour rejoindre Moshiri aux bords de la Mersey, et ainsi, avoir plus d’influence et de pouvoir ? Scénario qu’il n’écarte pas d’ailleurs dans ses déclarations :

Je voudrais assurer aux supporters que je suis ouvert à plusieurs scénarios – un partenariat constructif avec l’actionnaire principal, le rachat de ses parts (seul ou en consortium), ou si un tiers qui partage la même vision que moi et celle de la majorité des supporters, apparait, je songerais à vendre mes parts. Que tout soit clair, je ne suis pas en pourparlers autour d’une vente avec Mr Kroenke. Mon engagement, depuis le début, auprès d’Arsenal est à long-terme et mon intention a toujours été d’acheter des parts supplémentaires quand elles seraient disponibles… Ce que j’ai fait en rachetant les parts de mon associé Farhad Moshiri, qui ont fait passer mes parts de 15% à 30%, mais aussi en proposant une offre de rachat à Mr Kroenke qui porterait la valeur du club à 2 milliards. Mon offre reste toujours valide, j’ai toujours été et continuerait à être un fervent supporter d’Arsenal, et je vois mes 30% comme un aspect important dans la protection des intérêts de tous les fans. – Usmanov

Outre Alisher Ousmanov, un consortium privé et anonyme de fans tenterait de “prendre le pouvoir” dans la direction, inquiet de la tournure que prend la situation. Leurs offres, bien plus élevées que celles d’Usmanov, ont été ignorées et racheter les parts de l’oligarche russe ne leur garantirait pas de place dans le conseil d’administration pour autant. Cette option, bien que peu médiatisée, semblerait être celle qui protège les intérêts des supporters d’Arsenal. Ce serait un modèle proche du modèle “à l’allemande”, où les supporters doivent posséder le club à plus de 50%. Par le passé, David Dein et Danny Fiszman étaient des actionnaires-supporters, voulant le meilleur pour leur club tout en tirant un certain profit comme tout actionnaire bien entendu. Ce consortium est peut-être même l’élément déclencheur de l’envie de monopole de Kroenke. Par peur, sans doute, que les parts d’Usmanov changent de mains.

Sans oublier le sulfureux milliardaire Nigérian Aliko Dangote qui a clamé à plusieurs reprises son envie de racheter Arsenal, club dont il est supporter depuis les années 80.  Du haut de son titre de l’homme le plus riche d’Afrique, il souhaiterait en premier lieu limoger Arsène Wenger : “la première chose que je changerais est l’entraîneur, il a fait un bon travail, mais quelqu’un d’autre devrait également tenter sa chance”. Son projet pour Arsenal s’appliquerait sur le long terme. Il envisage avant toute offre de terminer la construction d’une “super” raffinerie de pétrole au Nigéria qui sera construite d’ici 2020 seulement.

Les Dangers du Monopole

Stan Kroenke, dans tous ses investissements – le terme semble approprié – sportifs, n’a jamais vendu ne serait-ce qu’une seule part. Cette “stabilité”, qui aurait rassuré il y a dix ans, se trouve être LE problème majeur à Arsenal. Comment se “débarrasser” de lui ? L’argent n’est pas un problème pour Kroenke, la valeur et les revenus du club ne cessent d’augmenter, dans une économie du football britannique florissante. À quoi bon vendre ?

Kroenke semble vouloir rester à Arsenal à long terme, mais tôt ou tard, il devra passer la main à son fils, voir se séparer de ses parts. Mais ce n’est pas demain la veille. Entre-temps, l’autre grand actionnaire, Ousmanov sera tenté d’aller voir ailleurs, après tout, pourquoi devrait-il s’asseoir sur ses 30%, n’avoir aucun pouvoir et être traité comme un paria ? Qu’il vende ses parts à Kroenke n’est pas impossible et c’est bien là où les choses peuvent empirer. Avec 97% de parts, Stan Kroenke aurait le contrôle total du club, c’est-à-dire faire passer une résolution qui lui permettrait de dé-lister tous les petits actionnaires, dont le trust des supporters d’Arsenal. Il pourrait utiliser à sa guise l’argent du club sans quelconque objection légale, endetter le club et impliquer Arsenal dans toutes ses affaires. De plus, il ne ferait plus aucune assemblée générale annuelle, le seul rendez-vous où les supporters peuvent s’exprimer, ne publierait plus de bilans financiers, aurait 100% des bénéfices et pourrait même enregistrer Arsenal dans le Delaware, là où toutes les franchises de KSE sont domiciliées. Dans ce contexte de fronde des supporters, atteindre un tel stade serait catastrophique…£525M de parts (18 695 titres précisément) et Usmanov, séparent les Gunners de cela. Beaucoup d’argent, mais si peu à la fois. Comme un signe du destin, les L.A. Rams, franchise de Kroenke, rencontrent actuellement des problèmes financiers liés au retard de construction de leur nouveau stade et investir £525M dans le football n’est surement pas une priorité, d’autant plus que le Brexit et l’impatience d’Usmanov pourraient faire baisser le prix de rachat. À noter que tout cela pourrait aussi arriver si Usmanov venait à racheter les parts de Kroenke. Un point de non retour, en somme.

Où va Arsenal ?

Comme le souligne si souvent Arsène Wenger, Arsenal est un club qui a toujours eu la “classe”, des “valeurs”, un “héritage.” Dans cet héritage, les supporters ont toujours eu leur mot à dire et étaient écoutés. Le dialogue entre les représentants des fans et l’actionnariat était constructif, actif, avec pour apogée les années 80 où ils ont eu un rôle décisif dans le recrutement/le licenciement du coach. Désormais, plus rien de tout cela n’est possible. Les supporters sont inaudibles même s’ils expriment leur mécontentement sur les réseaux sociaux, aux abords et dans le stade. Comment un club peut-il avancer sans l’avis de ceux qui en font son essence ? Comment un club peut évoluer lorsqu’à l’assemblée générale, les actions minoritaires sont bâillonnées ? À toute question concrète, Sir Chips Keswick, l’homme qui préfère les chevaux au football répondait par un “Next Question”, du moins, lorsqu’il répondait. Mais pire que cela, le silence de la part du clan Kroenke est révélateur… Nul besoin de répéter les beaux discours du CEO Ivan Gazidis, tant ils ne sont plus crédibles et ne changent pas d’année en année. Les faits sont là.

Certes, les projets du club sont nombreux – rénovations des infrastructures comme l’Emirates Stadium, modernisation du centre de London Colney et de Hale End, investissement dans la section féminine, recrutement dans le staff, mais aussi des projets de développements à l’étranger, des contrats de sponsoring toujours plus lucratifs (Puma, Huawei, Universal pictures etc) – mais le sportif ne fait que régresser. La prolongation d’Arsène Wenger, la gestion catastrophique des contrats – Alexis Sanchez ou encore Mesut Özil – les transferts qui ne portent pas leurs fruits, un jeu perdu. Tout cela discrédite la parole des “gens d’en haut” pour citer encore une fois Shackleton.

La volonté de la fanbase n’est pas d’acheter monts et merveilles, mais de construire quelque chose de cohérent, rétablir un lien avec le public, revoir l’ADN d’Arsenal sur le terrain. Les exemples ne manquent pas pour montrer qu’il est possible de bâtir tout en ayant une rigueur financière : le Borussia Dortmund, l’AS Monaco, l’Atletico de Madrid, Sevilla (avec un excellent travail de Monchi) et tant d’autres. Parmi ces clubs-modèles, il y a, ultime affront, le rival historique Tottenham. À condition d’avoir un staff performant, une bonne structure hiérarchisée, qui ne soit pas exclusivement confiée à un seul homme, un entraîneur inspiré, une volonté insufflée, tout est possible dans le football. Et ce n’est malheureusement pas le cas à Arsenal. Comme le dit si justement Thierry Henry il y a “stagnation, voire une régression”.

Thierry Henry : “Stagnation, voir régression”

Tous les changements à entreprendre doivent venir de la direction mais malheureusement, comme nous le montrent les résultats, les franchises détenues par Kroenke se complaisent dans la médiocrité et ne gagnent pas de titres majeurs.. De quoi être pessimiste pour l’avenir du club.

Une chose est sûre : aussi mauvaise soit la gestion actuelle, le passage à 100% d’un actionnaire comme Kroenke signifierait la mort certaine  de l’institution qu’est le ARSENAL FOOTBALL CLUB. Place à “Arsenal PLC”, une simple entreprise, sans âme, ni valeurs, avec des clients et une demande. La recherche perpétuelle du profit par Kroenke, est l’allégorie même du football actuel. Un sport dans lequel la notion d’identité perd tout son sens, et qui a oublié ce qu’il était : une passion.

L’auteur

William

William