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Allan Saint-Maximin, le saint de Newcastle

Transféré en bord de Tyne à l’été 2019, Allan Saint-Maximin (23 ans) draine dans son sillage la tenace réputation d’un ailier prometteur, peinant toutefois à franchir un cap. Pour sa première saison en Angleterre, l’ancien niçois s’est imposé avec succès comme l’un des atouts majeurs du onze de Newcastle.

À l’heure où le printemps se joue habituellement de nos sentiments, dévoilant au terme d’une dernière ligne droite exaltante le classement final tant attendu du championnat, la clameur populaire émanant des stades du royaume n’est plus qu’un simple écho s’évaporant dans l’immensité du silence. Voici désormais 35 jours que la Premier League est figée dans le temps. Une situation statique qui, alors que de nombreuses questions attisent une brume opaque autour de sa reprise, nous amène à tirer les premiers enseignements d’un exercice inédit.

Transféré à Newcastle United en provenance de l’OGC Nice moyennant un chèque de 20 millions d’euros, Allan Saint n’a pas tardé à se mettre en évidence. Déroutant, imprévisible, enthousiasmant, les qualificatifs ne manquent pas au moment d’évoquer cet indéniable talent brut : « Ses facultés naturelles sont effrayantes », déclarait d’ailleurs il y a quelques semaines Steve Bruce, l’entraîneur des Magpies.

Allan Saint-Maxime pose fièrement avec le maillot du club
Allan Saint-Maximin est arrivé à Newcastle cette saison en provenance de l’OGC Nice pour 20 millions d’euros © Newcastle United

Des propos corroborés par d’impressionnantes statistiques – avec 80 dribbles réussis depuis le début de la saison, « ASM » s’adjuge une honorable quatrième place au classement des meilleurs techniciens du royaume. « Ces qualités font de lui une menace permanente pour nos adversaires », renchérit au micro de la BBC, Steve Bruce, décidément conquis par le potentiel de son poulain. Une admiration qui vaudra à l’ailier français de disputer 21 rencontres toutes compétitions confondues sur les 34 possibles cette saison, lui qui a pourtant dû déclarer forfait à onze reprises pour un claquage tendineux récalcitrant.

Défini jusqu’alors comme un joueur excellant dans l’art de la provocation balle au pied, mais à l’intelligence de jeu limitée, l’ancien aiglon a pourtant su se rendre indispensable aux yeux de l’exigent public de Saint-James’ Park. Avec l’ancien international U21, l’historique club du nord-est anglais tourne à 47.6% de victoires, quand ce ratio chute à 15.4% les jours où il s’en trouve orphelin.

Néanmoins, modérons ici nos propos : tous les ingrédients propres à une victoire n’émanent pas du seul Saint-Maximin, au vu de l’insolente réussite face au but de Jonjo Shelvey (5 réalisations dont quelques-unes splendides), du rideau de fer défensif prôné par la doctrine Bruce et des efforts collectifs qui en découlent, inévitable clin d’œil à la devise de la ville : « Fortiter Defendit Triumphas », comprenez « Triomphant par défenses fortes ».

Mais les honorables performances des Toons, 13e de Premier League, ne doivent pas être entièrement dissociées de l’étincelante fougue du francilien de naissance, véritable fer de lance d’une attaque qui elle, en revanche, est globalement apathique. (25 buts seulement en championnat, soit le pire total avec la lanterne rouge Norwich City).

Une forte marge de progression

Malgré des capacités naturelles évidentes faisant des ravages en Premier League, Steve Bruce martèle son attachement aux humbles valeurs qui l’animent : « Il doit encore apprendre ». En quelques mots, l’ancien technicien du rival Sunderland rappelle qu’Allan Saint-Maximin n’a pas encore donné la pleine mesure de son talent. Avec seulement 3 buts inscrits et 4 passes délivrés cette saison, l’attaquant révélé à Saint-Étienne peine encore à trouver le chemin des filets. « Je peux faire beaucoup mieux et ce club peut m’aider à être meilleur », déclarait l’intéressé au Telegraph en décembre dernier, illustrant ainsi le paradoxe Saint-Maximin.

Steve Bruce lors d'un match face à Arsenal
Steve Bruce, l’entraîneur de Newcastle, l’assure : le Français doit encore beaucoup apprendre et améliorer certaines qualités de son jeu © Telegraph

Avec 45% de frappes cadrées sur ses 31 tentées cette saison en Premier League – dont 11 à l’intérieur de la surface de réparation -, il est le joueur offensif de Newcastle ayant le plus souvent trouvé le cadre, mais figure aux côtés des défenseurs Federico Fernandez, Jetro Willems ou Florian Lejeune aux classements des meilleurs buteurs du club en championnat avec seulement… Deux buts ! Un défaut récurrent pour un joueur enclin à se projeter vers l’avant, mais qui n’a marqué que 17 buts sur ses quatre dernières saisons en 133 rencontres disputées.

Pour tirer vers le haut un groupe offensivement malade, Allan n’a cette fois pas d’autre choix que de grandir. Mais si l’ancien d’Hanovre (2015-2016) souffre d’un évident manque de réussite dans le dernier geste, aucun observateur n’émet des doutes quant à son implication dans le travail collectif des Magpies, symbole d’évolution pour un joueur jusqu’alors réputé pour son individualisme aux antipodes de l’ADN football.

Et les exemples ne manquent pas – face à Manchester United lors d’une course de trente mètres pour résister et fixer 4 défenseurs, amenant le but victorieux de Matty Longstaff (1-0) ; sur la pelouse du Saint-James’ Park contre Chelsea ou City pour se glisser dans les moindres espaces laissés libres et décaler ses partenaires d’attaques ; face à West Bromwich en FA Cup pour dynamiter le milieu de terrain des Baggies et servir un Miguel Almirón enfin buteur – Allan Saint-Maximin s’illustre chaque jour un peu plus en mettant sa technique au service d’un collectif dépendant de ses performances.

L’amour du contre et des fans

Cette saison, Allan Sain-Maximin s’est notamment illustré lors des phases de contre-attaque, au sein d’une formation dominant le triste classement des équipes au plus faible taux de possession de balle du championnat (40.1%). Ce contexte, pouvant être considéré comme hostile à un joueur offensif épris du cuir, s’est révélé être un avantage pour le Français : doté d’une pointe de vitesse supérieure à la moyenne et d’une rapidité d’exécution déroutante, l’ancien Bastiais bénéficie d’espaces à la récupération du ballon, face à des adversaires aspirés par leurs allants offensifs et bien souvent désorganisés dans la gestion des phases de transition.

Il doit marquer plus de buts, mais dans le jeu, il me rappelle David Ginola 

En outre, l’importance du travail défensif au cœur d’un système de jeu jugé frileux, tend à discipliner un joueur connu pour son manque d’investissement dans les tâches ingrates. Défense, projection, décalage pour ses partenaires, oui, Allan Saint-Maximin a bien évolué depuis son arrivée en bord de Tyne, où il s’affirme chaque jour un peu plus comme le leader incontesté d’un secteur offensif en mal d’efficacité. « Il doit marquer plus de buts, mais dans le jeu, il me rappelle David Ginola », témoigne Wayne, un fidèle de confession Magpie.

Allan Saint-Maxime fêtant un but avec ses partenaires
Allan Saint-Maximin a été l’un des atouts majeurs de la saison de Newcastle, mais les fans attendent plus de l’ancien pensionnaire de la Ligue 1 © Premier League

Si l’alchimie avec les filets adverses peine encore à s’établir, celle avec les supporters, elle, brûle d’un feu ardent. Un rapide coup d’œil sur les réseaux sociaux du joueur vous donne un bref, mais fidèle, aperçu de l’affection portée à l’institution. Les fans de Newcastle, eux, n’ont mis guère plus de temps à adopter l’un des enfants terribles du football français. « Malgré sa qualité de leader offensif, ce n’est pas de sa faute si nous ne sommes pas bons face au but… C’est la façon dont Steve Bruce met l’équipe en place et le fait que Mike Ashley soit réticent à dépenser son argent qui en sont l’origine », argumente Wayne.

Absout de toutes accusations le liant à cette méforme offensive, le Français trouve grâce aux yeux des supporters de par ses qualités préférentielles hors normes, au sein d’une équipe dont le jeu produit est bien souvent jugé morose. « Il nous fait lever de nos sièges ! C’est rare alors on en profite. », s’emballe Matthy, lui aussi supporter des noirs et blancs.

Il peut devenir un joueur marquant de ces prochaines années. Mais pour cela, il va devoir se montrer plus décisif 

Les dribbles du jeune ailier accélèrent d’une adrénaline pure le cœur des fans, qui s’extasient ainsi devant ce football spectacle à défaut de vivre une exaltante saison aux cimes du championnat. « Il peut devenir un joueur marquant de ces prochaines années », analyse Matthy. « Mais pour cela, il va devoir se montrer plus décisif. Il ne lui manque presque que ça ». Le voilà prévenu. Pour entrer dans la légende récente d’un club relégué par deux fois ces dix dernières années (2009-2016), Allan Saint-Maximin devra se montrer plus pragmatique.

Une quête durant laquelle il pourra compter sur l’inconditionnelle ferveur de la Toon Army, qui, à n’en pas douter, fera résonner son nom d’un seul et même cœur dans l’immensité du nord-est anglais.

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L’auteur

Baptiste Palacin

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