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Yoann Barbet : « J’ai dit à mes coéquipiers que j’espérais que personne n’allait se blesser parce que là j’étais mort »

De Bordeaux à Brentford, en passant par Niort, le parcours de Yoann Barbet ne se résume pas à son chambrage contre Leeds qui a fait le tour du monde ces derniers mois. Avec son pied gauche talentueux et son placement redoutable, le défenseur français fait des heureux en Angleterre, et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Nous avons eu la chance de nous entretenir avec Yoann qui a eu la gentillesse de nous répondre pour un entretien exclusif sur godsavethefoot.fr ! Itinéraire de son parcours dans le monde du football.

Le commencement

J’ai commencé le foot à l’âge de 6 ans dans un club de ma région qui s’appelle Mouliets, ensuite j’ai joué à St Pey de Castets, Ruch, qui est devenu le FC Vallée de Gamage suite à une entente entre ces deux derniers clubs plus Rauzan et Naujan. Pourquoi le foot ? Mon grand-père puis mon père y ont joué, tout simplement. J’allais au stade avec eux étant petit. Je suis un peu né avec un ballon de foot dans les pieds, donc c’était naturel pour moi. Ça changeait de ma grande famille, tous mes cousins pratiquaient le rugby, sauf un. Donc j’aurais pu suivre leur chemin, mais le foot me correspondait mieux. Au final j’ai bien choisi on va dire !

Ensuite à l’âge de 13 ans, je suis rentré au centre de pré-formation des Girondins de Bordeaux. J’ai fait 2-3 détections avant d’y rentrer. C’était un rêve pour moi, j’étais fan depuis tout petit, toute ma famille supporte Bordeaux. Cela a été un peu difficile à vivre pour ma mère, voir son aîné partir à l’âge de 13 ans, c’est quand même tôt. Mais elle savait que c’était ce que je voulais faire. Mes parents ont toujours été derrière moi. À la fin de la saison, j’ai signé 3 ans au centre de formation, où ça s’est très bien passé, j’ai eu la chance de connaître l’équipe de France U18 à ce moment-là, je n’en garde que d’excellents souvenirs. Ensuite j’ai signé un contrat de 2 ans en CFA, puis j’ai prolongé un an, et à la fin de cette 3ème année j’ai dû quitter le club car on ne m’a pas proposé de contrat professionnel. C’était une grosse déception mais c’est le football.

Je me suis retrouvé à chercher un club et j’ai reçu un coup de fil de Karim Fradin, directeur sportif de Niort, pour faire un essai à la reprise de leur saison car il était intéressé par mon profil. J’y suis allé et ça s’est très bien passé. Régis Brouard qui était le nouvel entraîneur à l’époque a décidé de me garder et j’ai signé mon premier contrat professionnel aux Chamois Niortais. J’ai démarré la saison en tant que numéro 3, ce qui me correspondait très bien, déjà d’avoir pu signer un contrat professionnel c’était énorme, tout le monde n’a pas eu cette chance, donc être numéro 3 c’était presque comme être titulaire pour moi. Au bout de 3 matchs, j’ai profité de la blessure assez longue d’un défenseur central pour faire mes débuts. J’ai fait de bons matchs, ce qui m’a permis de faire toute la saison à ce poste, en ratant seulement quelques matchs. Je crois en avoir joué 33 sur 38 possibles, ce qui est plutôt pas mal pour une première saison dans le monde professionnel.

Vers l’Angleterre

À l’avant-dernier match de la saison, je sors du stade, mon agent était là et il me dit : Je viens de recevoir une offre de Brentford en D2 anglaise pour toi.

À cette époque-là, ils étaient en train de faire les playoffs contre Middlesbrough afin de monter en Premier League. Pour être honnête, je n’avais jamais entendu parler de ce club auparavant. Du coup je me suis un peu renseigné, et mon agent m’a dit qu’ils me voulaient – quoi qu’il arrive – qu’ils montent ou qu’ils ne montent pas en Premier League. Du coup, on a décidé de monter à Londres à la fin de la saison pour écouter leur projet, leurs ambitions. C’était un projet où ils se voyaient monter dans les trois prochaines années à ce moment-là. Dans ma tête, je n’avais pas du tout prévu de quitter la France après une seule année professionnelle. Mais un club qui veut te faire signer en sachant qu’ils peuvent encore monter en Premier League, c’est difficile à refuser, surtout que c’est le championnat qui m’a toujours attiré le plus. J’ai discuté avec ma famille, mon agent, j’ai pesé le pour et le contre, et j’ai décidé de rejoindre Brentford pour 4 ans.

Pourquoi Brentford ? Tout simplement car c’est vraiment le seul club qui s’est manifesté et qui m’a montré un réel intérêt. J’ai senti que j’étais vraiment désiré ! Mes premières impressions ? Elles n’étaient pas exceptionnelles…  Au niveau des infrastructures pour être honnête, ça reste un petit club de Championship qui un an avant était en League One. Mais je viens ici pour jouer au foot et non pas pour être dans le confort. C’est peut-être ce confort à Bordeaux qui m’a empêché d’être professionnel d’ailleurs avec le recul. Sinon le staff, le coach, les joueurs, je me suis tout de suite bien entendu avec tout le monde, je suis assez facile à vivre. Même si la barrière de la langue n’était pas facile au début, j’avais un coéquipier français qui était en Angleterre depuis 2 ans – Maxime Colin aujourd’hui à Birmingham – et qui m’a beaucoup aidé.

Pas seulement un défenseur, un buteur

Les premiers pas dans un autre monde du foot

Mes premières impressions sont plutôt bonnes sur le terrain, on voit vite la qualité de chacun. Ce qui m’a marqué le plus, c’est l’intensité dans les entraînements, t’as intérêt à être prêt car tu cours partout, ça va très vite. Je me suis dit : « Ah ouais quand même. » Je savais qu’il fallait que je me mette vite dedans. Je m’attendais à ça, mais tant que tu ne l’as pas vraiment vu de tes propres yeux, tu ne t’en rends pas compte. L’Angleterre est connue pour son intensité justement, et on s’en rend compte seulement une fois qu’on y est.

Moi et mes petits 78 kilos à l’époque c’était un peu compliqué.

Mes premiers matchs amicaux se sont très bien passés, j’ai fait de très bons matchs. Mais je savais qu’il fallait énormément que je travaille sur mon physique car tous les défenseurs centraux sont hypers costauds et moi et mes petits 78 kilos à l’époque c’était un peu compliqué. Je devais d’ailleurs commencer la saison titulaire, mais lors du dernier match de préparation, on a joué à Norwich, j’ai pris un énorme coup d’épaule, je suis tombé comme une merde et l’attaquant est parti seul au but. Le coach m’a sorti à la mi-temps pour mettre un autre défenseur et trouver sa charnière de début de saison. Lui ne s’est pas fait bouger, en même temps il faisait bien 100 kilos ce n’est pas pareil (rires). Il a fait sa mi-temps, je ne pouvais pas le contester. il a donc commencé la saison. Aujourd’hui il joue en Premier League à Burnley et il est appelé chez les Three Lions, c’est James Tarkowski.

Je ne te connais pas donc tant que je serais là tu ne joueras pas.

J’ai eu 6 premiers mois assez compliqués, le coach qui m’a fait venir a été viré au bout de 10 matchs  alors que je venais de jouer les 2 derniers matchs. Ils ont mis un coach de la réserve en attendant. Il a été clair avec moi. Il m’a dit : « Je ne te connais pas donc tant que je serais là tu ne joueras pas. » C’était dur à vivre, je jouais avec la réserve la plupart du temps. Cela a duré de septembre à mi-janvier. Heureusement il est parti, et un nouveau coach est arrivé. C’est encore notre coach aujourd’hui, Dean Smith. J’ai profité du départ de Tarkowski fin janvier, et le coach m’a donné ma chance, je l’ai saisi et j’ai joué tout le reste de la saison.

À l’heure actuelle ,je joue arrière gauche car nous avons des blessés. Mais mon poste est défenseur central. J’ai bien évolué physiquement pour pouvoir m’imposer (87kg). Je préfère largement jouer dans l’axe mais pour le moment pour les besoins de l’équipe je joue arrière gauche. Je préfère encore ça qu’être sur le banc. On a l’objectif de finir dans les 6 premiers pour faire les playoffs. On est 9ème actuellement à 3 points du 6ème, donc on est dans le rang pour l’instant (25 janvier 2018).  J’espère que l’on va continuer sur cette lancée pour atteindre nos objectifs et qui sait, monter en Premier League…

La culture anglaise, les oeufs et les supporters…

Oui les petits-déjeuners sont différents, ici le matin je mange des toasts avec des tranches de jambon, du saumon, des avocats, et des œufs. Rien à voir avec mes petits-déjeuners français, lait, céréales, tartine de confitures (rires) !

Et puis Brentford c’est le genre de club où, après les matchs, tu rentres chez toi à pied car le stade est à côté, et même si t’as perdu, tu ne te fais jamais insulter ou embrouiller, jamais.

Pour ce qui est des supporters, c’est vraiment une autre culture ici, les gens vivent pour le foot. Ça m’est arrivé de recevoir des messages de supporters en me disant : « J’ai pris deux jours de congés pour pouvoir venir vous supporter à l’extérieur, faites en sorte de ne pas regretter ce choix. » C’est drôle, mais ça prouve la culture des gens. Ici les fans sont hypers importants. À domicile, ce sont vraiment le 12ème homme. Et on le sent encore plus maintenant car nous ne sommes qu’à 3 points des playoffs. On a eu 3000 supporters à Reading samedi dernier c’était incroyable comme ambiance. En plus, j’ai vraiment une bonne relation avec les supporters, ça fait toujours plaisir.

Et puis Brentford, c’est le genre de club où, après les matchs, tu rentres chez toi à pied car le stade est à côté, et même si t’as perdu, tu ne te fais jamais insulter ou embrouiller, jamais. On a un petit stade, 12500 places, mais c’est un stade à l’ancienne, les supporters sont très proches du terrain, c’est vraiment bien. Quand tu marques tu célèbres directement avec eux, c’est génial à vivre. Mais on joue aussi dans des stades magnifiques. À Leeds, à Middlesbrough,  à Wolverhampton ou à Reading. Les stades sont quasiment toujours remplis, au moins 25000 personnes en moyenne. L’ambiance est parfois incroyable.

Les joueurs qui t’ont impressionné ?

Je dirais d’abord James Tarkowski qui évolue à mon poste et qui joue à Burnley aujourd’hui. Je n’ai jamais joué avec un défenseur central aussi fort. Il est impressionnant de puissance, de calme, et techniquement, il est très bon aussi. Je suis sûr qu’il sera bientôt en équipe d’Angleterre. Sinon, j’ai eu la chance de jouer contre Chelsea, donc je dirais Pedro, Willian, quand vous les avez au marquage ce n’est pas simple. Pour la première fois de ma vie, j’ai eu  des crampes à la mi-temps ! Mais il y en a plein d’autres, Terry, Fabregas, Diego Costa, Azpilicueta, Ivanovic. C’est encore un autre niveau.

Anecdotes…

Ça a fait rire les gens, tant mieux, maintenant je suis connu pour avoir chambré un joueur plutôt que pour mes qualités de footballeur, mais c’est comme ça je l’accepte.
On va dire mon chambrage contre Leeds (lien ici). Il a fait un peu le tour du monde. Ça a fait rire les gens, tant mieux, maintenant je suis connu pour avoir chambré un joueur plutôt que pour mes qualités de footballeur, mais c’est comme ça je l’accepte. On se fait connaître comme on peut ! Mais comme je l’ai déjà dit il n’y a rien de méchant et je n’ai rien contre le joueur. On s’était pris la tête 2 minutes avant, et il y a eu cette scène. C’était instinctif.
Bombe le torse et fais le tour du monde !

Pour une vraie anecdote, je dirais le match à Bolton cette saison où j’ai marqué sur coup franc. Dans la semaine je suis rentré en France car ma mère se faisait opérer du coeur, je suis rentré le jeudi après l’entraînement, ma mère s’est fait opérer le vendredi matin. Et le samedi j’avais match à Bolton, mais j’étais remplaçant. Le coach m’a donc laissé rentrer pour être aux côtés de ma mère. L’opération s’est bien passée, du coup je suis rentré le samedi matin. Je me suis levé à 3h du matin, mon grand-père m’a déposé à l’aéroport. J’ai fait Bordeaux-Paris à 6h du matin, puis Paris-Manchester. Arrivé à Manchester, j’ai pris un Uber pour aller à Bolton. Je suis arrivé à 11h30 à l’hôtel. Pile pour manger.

J’espère que personne ne va se blesser parce que là je suis complètement mort.

Ce jour-là j’ai dit à mes coéquipiers : « J’espère que personne ne va se blesser parce que là je suis mort », vraiment, je n’ai pas dormi. Au bout de 10 minutes de jeu, le défenseur central prend un K.O… Du coup, le coach me fait rentrer. Je marque un coup franc en pleine lucarne avant la mi-temps, je fais ensuite une passe décisive pour le 2-0 en deuxième mi-temps, on gagne 3-0. Première victoire de la saison, première victoire à l’extérieur. Comme quoi le foot parfois, ça va vite !

Les personnes qui t’ont influencé

Les personnes qui ont eu une influence sur ma carrière ? Je pense déjà à tous les entraîneurs que j’ai côtoyés de mes 6 ans jusqu’à maintenant. Ils ont tous été importants pour moi. Ensuite, bien évidemment mes agents, mais surtout et c’est le plus important, ma famille, car elle est grande et je discute beaucoup avec eux, mes parents, mon frère et mes grands-parents. J’ai beaucoup discuté avec eux pour chaque décision que je prends. Et aujourd’hui encore, je les appelle pour avoir des conseils, même si au final la décision n’appartient qu’à moi seul, mais j’ai besoin d’entendre leurs avis.

Tes qualités en tant que footballeur

Mon profil de joueur, je suis plutôt grand, et maintenant un peu plus costaud on va dire (1m87 pour 87kg). Mais je suis avant tout plus un joueur technique qu’un joueur physique. Je suis un défenseur qui joue beaucoup, qui adore relancer de derrière, casser les lignes sur une passe. J’ai un très bon pied gauche, c’est vraiment ma qualité première. J’aime le beau jeu, je ne suis pas le genre de défenseur qui va dégager dès qu’il a le ballon, je préfère prendre quelques risques et relancer propre. Et j’ai la chance d’évoluer dans une équipe qui contrairement à beaucoup de clubs anglais, joue beaucoup au ballon. Donc je m’y plais forcément.

Le futur et les ambitions

Je ne ferme aucune porte. Je suis ouvert à tout.

La suite de ma carrière ? J’espère avoir la chance de découvrir la Premier League avec Brentford. C’est vraiment quelque chose qui me tient à coeur. Après si c’est avec un autre club je suis preneur aussi évidemment. Je suis bien en Angleterre, je m’y plais bien, je ne me vois pas forcément partir. Mais vous savez dans le foot tout peut arriver. Je ne ferme aucune porte. Je suis ouvert à tout. On verra ce qui arrivera !

Pour finir, un mot sur ta carrière

Je suis plutôt satisfait, même si j’en veux beaucoup plus. Je suis assez dur avec moi-même. Je suis sorti sur le tard, j’ai signé mon premier contrat pro à 21 ans, donc je suis conscient que ça passe vite. J’ai pris beaucoup d’expérience depuis que je suis ici, pas que dans le foot, même dans la vie, je parle anglais, je découvre un autre pays, une autre culture, c’est une belle expérience de vie. Maintenant, j’ai envie d’évoluer au plus haut niveau dans un grand championnat, que ça soit en France, en Angleterre, en Espagne, ou en Allemagne.

Merci beaucoup Yoann pour nous avoir raconté ce palpitant parcours, on te souhaite un avenir radieux, connaître la Premier League et de l’épanouissement dans ta carrière !

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L’auteur

Benjamin

Benjamin

Ne jure que par Arsenal et appellera sa fille Mesut quoi qu’il arrive, heureusement pour elle qu’il est moins fan de Coquelin ou Monréal « Nacho, viens manger ». Il a le niveau de Petr Cech à la batterie, aux buts, il est plus Ali Ahamada. Salarié de l’éducation nationale, son rêve est d’apprendre à Franck Ribéry que la table de multiplication n’est pas un truc sur lequel on mange. Il aimerait vendre Arsène Wenger à la brocante de Gavarret-sur-Aulouste, une commune du Gers.

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