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Rangers, la vraie renaissance ?

Leaders incontestés du championnat d’Ecosse, les Rangers réalisent un début de saison ultra séduisant, tant sur le plan du jeu que sur celui des résultats. Après 9 saisons entre galères et domination de son voisin et ennemi du Celtic, l’autre club de Glasgow renaît de ses cendres tel un phénix. En attendant de reconquérir l’Ecosse ?

Dimanche 8 novembre 2020. Sur les coups de 17h50, heure française, les Rangers célèbrent leur 12ème succès de la saison en Scottish Premiership. Une victoire à la facilité déconcertante, acquise sur le score peu commun de 8 à 0. Un succès à l’image du début de saison des Gers, éblouissant. Privés du titre depuis 2012, les hommes de Steven Gerrard se sont clairement fixés pour objectif de reconquérir leur bien cette saison. D’abord pour ne pas offrir à leur rival l’occasion de devenir la première équipe écossaise à s’offrir un 10ème titre national consécutif (les Bhoys en sont à 9)*. Ensuite, bien sûr, car les Rangers courent toujours après leur 55ème titre de champion. Un chiffre qui donne le tournis, au point de faire pâlir bien des clubs sur le vieux continent comme ailleurs.

Pour les Rangers, ce serait surtout la fin d’un long chemin de croix, qui les aura notamment vu passer par la liquidation judiciaire et la quatrième division. Ce serait aussi l’aboutissement d’un projet ambitieux, incarné par Steven Gerrard, venu vivre en Ecosse sa première expérience professionnelle en tant qu’entraîneur. Raillés par leur voisin vert, les Light Blues semblent enfin en mesure de détrôner l’actuel roi d’Écosse… « Tout vient à point à qui sait attendre », selon la formule consacrée.

Le titre comme objectif

Mais la saison ne fait encore que commencer. Et les Rangers le savent bien. À la même période la saison passée, les Gers comptaient 40 points après 15 journées, avant de s’écrouler début 2020. Cette saison, les hommes de Steven Gerrard en comptent un de plus, pour un total de 41 points. La seule différence avec l’exercice 2019/20, c’est ce nombre de défaites concédées, qui reste toujours bloqué à 0. Là où l’an passé, les Rangers s’étaient inclinés face au Celtic (0-2), les Light Blues ont pris cette saison leur revanche, s’imposant 2-0 au Celtic Park. Et voici donc les Rangers en tête de Scottish Premiership, avec 41 points pris sur 45 possibles. Un bilan impressionnant qui présage de belles choses pour le propriétaire d’Ibrox Park. Reste maintenant à bien négocier le deuxième tiers de la saison.

Apprendre des erreurs passées, gagner en stabilité, en expérience. C’est ce que s’est attaché à faire Steven Gerrard avec son groupe. L’ancien de Liverpool, qui grandit de saison en saison sur le bord du terrain, semble avoir pris la pleine mesure de son nouveau rôle. Adepte du 4-2-3-1 modulable en 4-3-3, il tire chaque semaine le meilleur d’un groupe qui a pris en maturité. Un groupe qui ne se satisfait plus seulement d’une deuxième place et d’un ou deux coups d’éclat face au rival. Un groupe qui vise désormais plus haut, bien plus haut, tant en championnat qu’en Europe, où les Gers pourraient bien retrouver la Ligue des Champions l’an prochain, en partie grâce à leurs bons résultats en C3 – l’Écosse s’étant vu doter à partir de la saison 2021/22 d’un second siège en C1.

Un Celtic en difficulté, les Rangers en profitent

La stabilité, c’est aussi la clé pour Steven Gerrard. Le manager des Rangers souhaitait plus d’expérience ? Il a pu attirer Kemar Roofe (ex Anderlecht et Leeds) et Leon Ballogun (ex Wigan), en plus de la prolongation de Jermain Defoe. Il souhaitait plus de qualité et de concurrence ? Il a pu attirer Cedric Itten (ex St Gallen) et Bongani Zungu (prêt d’Amiens). Il souhaitait des joueurs d’avenir ? Il a su attirer Calvin Bassey (ex Leicester) et l’option d’achat de Ianis Hagi a été levée. Pour le reste, l’ossature de son effectif n’a pas bougé d’un iota, malgré les rumeurs envoyant Alfredo Morelos à Lille, Borna Barisic au Milan AC ou Ryan Kent à Leeds. Aucun départ majeur à déplorer, un effectif qui s’est enrichi et voilà les Rangers encore plus crédibles dans leur lutte pour le titre. Avec 24 joueurs utilisés depuis le début de la saison, dont 17 qui ont disputé plus de 300 minutes de jeu en championnat, Stevie G dispose d’un effectif riche, capable de jouer sur plusieurs tableaux.

À la différence du Celtic, les Gers n’ont fait que se renforcer. À l’inverse, les Bhoys ont eu besoin de renouveler certains secteurs de leur effectif. Notamment au poste de gardien, où Forster – auteur d’une très belle saison (17 clean sheets) – et Gordon ont quitté le navire, pour une seule arrivée : Barkas. Et les Bhoys souffrent, eux, d’un manque criant de régularité cette saison. Fait rare pour le club 51 fois champion d’Ecosse, imperturbable depuis 9 ans. Au soir de la 15e journée, les hommes en vert et blanc pointent à 11 longueurs (!) de leur ennemi, avec certes deux matches de moins au compteur. Mais les dynamiques des deux clubs sont diamétralement opposées, le Celtic n’ayant engrangé que 8 points sur ses 5 dernières sorties (2 victoires, 2 nuls, une défaite), là où les Rangers ont flambé avec 5 victoires sur 5 possibles, 17 buts inscrits pour aucun encaissé. Ce sentiment de toute puissance des Rangers semble avoir déteint sur un Celtic qui apparaît étonnamment plus vulnérable, arrachant in-extremis le nul du côté d’Edimbourg, face à Hibs (2-2). Un phénomène à l’exacte opposée de ce qu’on voyait depuis le retour des Gers en Premiership.

Tavernier montre la voie

Si les Rangers nous avaient déjà habitués la saison passée à beaucoup marquer, une chose en revanche vient confirmer une tendance : bien malin sera celui qui parviendra à déjouer leur défense de fer. Conquérants, les coéquipiers de James Tavernier enchaînent les prestations parfaites défensivement. Le dernier but encaissé par les Gers en championnat remonte ainsi au 29 septembre (5-1 à Motherwell), soit 6 matches consécutifs sans but. Cette sérénité défensive, les Rangers la doivent notamment à un homme : Connor Goldson, devenu cette saison le patron incontesté de l’arrière-garde des Gers. À bientôt 28 ans, le natif de Wolverhampton vit sans doute le meilleur début de saison de sa carrière. Tout ce qu’il entreprend est réussi cette saison, qu’importe son partenaire en défense centrale. Indéboulonnable dans cette défense à 4, il dégage depuis quelques mois une sérénité absolue, en témoigne ces 13 clean sheets enregistrés en championnat depuis le début du mois d’août, sur 15 possibles. 3 buts encaissés en 14 rencontres, une statistique éblouissante que les Rangers s’efforcent de poursuivre. En atteste leur dernier succès en date, une victoire nette et sans bavure 4-0 face à Aberdeen.

Là encore, deux des symboles de ce début de saison conjugué au plus-que-parfait se sont illustrés. Le premier est arrivé l’été dernier, se fondant à merveille dans un collectif bien huilé. Kemar Roofe semble être le chaînon qu’il manquait à Stevie G ces trois dernières saisons. Celui qui avait brillé sous les ordres de Marcelo Bielsa à Leeds s’illustre encore en Grande-Bretagne, faisant parler sa qualité d’appels et combinant avec chacun des joueurs d’attaque, entre Kent, Morelos et Hagi, mais aussi avec Arfield et Aribo, excellents depuis le début de saison. Récemment, c’est un but de sa propre moitié de terrain (face au Standard de Liège) qui l’avait vu faire le tour d’Europe. Un autre garçon qui n’en finit plus de s’illustrer, c’est James Tavernier. Le latéral droit, critiqué lors des gros matches la saison passée, réalise une entame de saison parfaite. Mais pas forcément là où on l’attendait. Tireur attitré des penalties et coups francs – avec Barisic, son pendant sur le couloir gauche -, il pointe à 9 buts et 6 passes décisives en championnat cette saison, faisant de lui le joueur le plus décisif d’Écosse. À la fois meilleur buteur et meilleur passeur de Premiership, il remplit à merveille son rôle de leader, incarné par le brassard qu’il porte chaque semaine autour du bras.

Éviter les erreurs passées

Vous l’aurez compris, cette saison, les Rangers n’ont pas envie de revivre les mêmes déboires que par le passé. Creuser l’écart d’entrée fait donc partie des plans de Stevie G, profitant de la méforme du Celtic et de la belle série des siens pour avancer en solitaire. Il n’est plus question de lâcher du lest en première partie de saison, encore moins en janvier. L’objectif est clair : gagner. Pragmatique tout en restant un fervent défenseur du beau jeu, Gerrard sait qu’un nouvel échec ne lui serait pas pardonné. L’inverse, en revanche, pourrait bel et bien lui ouvrir prochainement les portes de la Premier League, où il pourrait suivre les traces d’un certain Frank Lampard, pour ne citer que lui.

La ligne directrice est désormais toute tracée pour les Rangers, maîtres de leur destin grâce à ce départ canon en championnat. Maintenir le cap, poursuivre sur cette lancée de champion et mettre fin à l’hégémonie du Celtic. L’immense armoire à trophées d’Ibrox n’attend que cela. Le malheureux Steven Gerrard, privé toute sa carrière de titre de champion d’Angleterre, aussi. Mais « rien ne sert de courir, il faut partir à point », rappelle La Fontaine. Gageons que les Gers et leur iconique manager auront retenu les leçons du passé pour, peut-être, enfin venir à bout de dix années de pénurie.

* Le Celtic avait manqué l’occasion d’enchaîner 10 titres consécutifs entre 1966 et 1974, les Rangers avaient eux aussi manqué l’opportunité entre 1989 et 1997.

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L’auteur

Quentin

Quentin

Néo-membre du cartel God Save The Foot. Bercé au foot anglais et adopté par Villa Park. Suiveur assidu du Championship et des Glasgow Rangers. Amoureux de la patte gauche de Jérôme Rothen et du pied droit de Jack Grealish. Sur le terrain, quelque part entre James Milner, John Carew et Gaby Agbonlahor. Entière confiance en Dean Smith, Gareth Southgate et Tyrone Mings. We even conquered Europe, in 1982...