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En avant Baggies !

Attendu au tournant après un mercato estival agité et une fin d’exercice tourmentée la saison dernière, marquée par le brusque départ de Darren Moore et l’échec aux tirs aux buts face à Aston Villa en demi-finale des Play-offs, West Brom avait clairement annoncé la couleur avec la nomination de Slaven Bilic à la tête du club des West Midlands. En confiant les clés au technicien croate, les Baggies se sont donnés les moyens d’envisager un rapide retour parmi l’élite anglaise avec un effectif bien remanié, mais pas que.

Big Super Slav

C’était au mois d’avril, dans un vol ralliant Split à Manchester, que Slaven Bilic établissait une liste de huit potentielles destinations européennes après son passage chez les saoudiens d’Al Ittihad, échec qui n’aura duré que 6 mois. Deux mois plus tard, le retour de l’ancien boss des Hammers en Angleterre est officialisé – une décision influencée par son envie de retenter une nouvelle expérience Outre-Manche, mais aussi par son besoin de la pression qui englobe ce métier d’entraineur, comme il le révéla au journal The Telegraph :

« Les gens parlent de la pression comme si c’était une maladie. Il existe beaucoup de mauvaises choses dans le football, mais la pression n’en fait pas partie. La pression est bonne et puis, en tant que manager qui pourrait être sujet à un limogeage, vous avez besoin de cette adrénaline, de cette responsabilité».

Slaven Bilic n'a qu'une seule idée en tête: faire remonter West Brom ©FootballLeagueWorld
Slaven Bilic n’a qu’une seule idée en tête: faire remonter West Brom ©FootballLeagueWorld

Dans un championnat où la patience est notoirement assez courte, et où les managers ne se voient accordés que rarement la durée idoine pour pouvoir installer un style de jeu qui leur est propre, l’ancien sélectionneur de la Croatie a une idée bien définie… et celle-ci n’implique pas un séjour de plus en Championship : 

« Pour être honnête le club ne m’a pas dit que West Brom devrait retourner en Premier League  mais que nous devrions rivaliser pour la montée, se confiait Slaven Bilic au Telegraph avant de reprendre: Le milieu de tableau ne peut pas être l’objectif de West Brom, ils ne m’ont pas ramené pour ces ambitions. ».

Malgré une présence constante parmi les six premiers la saison dernière, les Baggies peinaient réellement à dominer leurs adversaires, se reposant très généralement sur des exploits individuels des atouts offensifs tel que Dwight Gayle – l’assurance buts par excellence de l’anti-chambre du football anglais.

Bilic, en passant un bon nombre de tests avec brio, a pu rectifier bon nombre de ces paramètres. En ayant réussi à démanteler des blocs bas avec un football très fluide, et su montrer du caractère pour revenir au score et sauver des points, West Bromwich s’est installé à la tête du classement, devant un peloton très dense, et ressemble sur tous les aspects du jeu, au favori à la montée qu’attendaient tous les assidus du Championship.

Et Matheus apporta la magie

Outre la qualité du jeu produit régulièrement par Brom, la force majeure de la deuxième attaque du championnat réside essentiellement sur son homogénéité.

Avec des qualités intrinsèques répandues sur l’ensemble de l’effectif, la responsabilité offensive a été repartie parmi tous les joueurs, installant ainsi un climat de confusion chez les adversaires, en attestent les différents buteurs des Baggies cette saison. Hormis Townsend, Krovinovic et Gibbs (pour l’instant), tous les joueurs de champs titularisés cette saison ont déjà goûté à la joie du buteur, laissant ainsi le départ du prolifique duo Dwight Gayle-Jay Rodriguez – 46 buts à eux deux la saison dernière – dans un quasi-total oubli.

Avec la reviviscence de Matt Phillips, auteur d’une excellente préparation estivale logiquement traduite par une place de meilleur buteur du club, et un Hal Robson-Kanu qui s’est mué en supersub, Brom a su compléter cet été le front de l’attaque avec les prêts de Matheus Pereira et Grady Diangana, impliqués dans 17 des 28 buts inscrits par les Baggies cette saison.

Placé dans un rôle d’ailier gauche, le très tonique Diangana n’a pas manqué de temps pour faire parler sa vivacité et son dynamisme. Auteur de 4 buts et 4 passes décisives, le jeune Congolais de 21 ans a justifié la décision de Bilic de l’incorporer dès le début de saison dans le XI titulaire.

Matheus Pereira a fait parler toute sa technique en ce début de championnat ©examinerlive.co.uk
Matheus Pereira a fait parler toute sa technique en ce début de championnat ©examinerlive.co.uk

Prêté par le Sporting Portugal avec option d’achat, Matheus Pereira est assurément celui qui a le plus captivé l’attention de la majorité des passionnés du Championship et des fidèles du Hawthorns. Dépositaire des clés du jeu de West Bromwich, le jeune Brésilien apporte par son jeu, ses coups de pied arrêtés, ses passes laser et ses dribbles ce quelque chose qui adoucit le jeu, le rend aussi simple qu’efficace.

Une adaptation éclaire pour le milieu offensif de 23 ans, décisif par 5 fois au cours de ses 6 dernières apparitions en championnat, lui qui a su joindre à sa propreté technique, un bagage physique comme il a pu le révéler au journal local Express & Star : 

« Quand vous jouez dans les rues du Brésil et qu’une bande de gamins essaye de vous chiper le ballon, vous apprenez à vous protéger et à garder la balle. C’était mes meilleurs souvenirs. »

Avec ses qualités d’organisateur, Matheus Pereira a éclaboussé ce début de saison sur les pelouses anglaises de son talent et une chose est sûre, le public du Hawthorns n’en demandait pas autant.

Romaine, régner sans diviser

Malgré l’excitante panoplie offensive, l’amélioration la plus significative qu’a pu apporter Slaven Bilic reste cependant au cœur du jeu, avec le choix, qui s’est avéré judicieux, d’associer le capitaine Jake Livermore – dans une grande forme – à la recrue estivale Romaine Sawyers.

Chipé au nez et à la barbe d’un bon nombre de clubs intéressés pour la modique somme de £3m en provenance de Brentford, où le milieu de 28 ans a passé trois saisons pleines, Romaine Sawyers n’a pas manqué l’occasion de faire parler ses notions tactiques, son sens du placement et son importance dans l’ossature collective des Baggies.

Pur produit de l’académie de Brom, le milieu de terrain christophien est passé en l’espace de quelques mois de joueur sous-estimé à référence au poste de milieu en Angleterre. Une estime logique au vu de ses qualités de meneur reculé, essentiellement caractérisées par ses 92% de passes réussies et 1.3 passes-clés par match. Symbole du nouveau West Bromwich, le natif de Birmingham fait parfaitement le relais entre la défense et l’attaque et a montré tout au long de la première partie de saison un sens du leadership, sur et en dehors du terrain, qui lui vaudra certainement le brassard de capitaine dans les mois à venir.

Un bouclier toujours aussi peu fiable

C’est certainement la principale quête de Slaven Bilic à présent. S’il y a bien un compartiment perfectible à West Brom, c’est sans le moindre doute l’organisation défensive. La recherche d’un équilibre cohérent taraude l’esprit du manager croate, avec une quasi obligation de réussite pour ressembler un peu plus à un futur promu.

Avec 3 petits cleansheets toutes compétitions confondues, la défense des Baggies perpétue les carences de la saison dernière et malgré la montée en puissance de la charnière Semi Ajayi–Kyle Bartley et la régularité de Sam Johnstone dans les cages, plusieurs moments d’égarements et de déconcentration ont été payés chers, avec des points points laissés de côté qui auraient été bien utiles pour distancer le peloton.

Nathan Ferguson, symbole d'une frétillante académie ©Bleacher Report
Nathan Ferguson, symbole d’une frétillante académie baggies ©Bleacher Report

Cependant, le retour de blessure de l’international égyptien Ahmed Hegazy couplé à celui de Kieran Gibbs (qui s’était pété un orteil à l’entrainement) et à l’émergence de l’étincelant Nathan Ferguson vont certainement éclairer Bilic dans sa recherche de l’équilibre et de la perpétuation de son rythme de croisière.

Avec une seule défaite au compteur en 15 matchs de championnat – survenue lors de la dixième journée à Elland Road -, une attaque dévastatrice (derrière Preston, mais devant les concurrents à la montée comme Leeds, Swansea…) et un entraîneur fidèle à ses valeurs et ses idées portées sur l’offensive, West Bromwich Albion a retrouvé une certaine alchimie et est redevenue une équipe excitante à regarder. Elle a su faire oublier aux observateurs les passages mitigés de Tony Pulis et Alan Pardew, et fera sans nul doute partie des prétendants finaux à une montée auprès de l’élite anglaise.

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Compte dédié à l'antichambre de l’élite anglaise - là où les termes "Kick" et "Rush" ne sont plus à l'ordre du jour - et créé par un nostalgique du pied gauche de Matthew Taylor, dont le seul rêve serait de couper un centre tendu de Stewie Downing.
Intermédiaire occasionnel entre le Championship et les twittos, intéressé aussi par le football.