Divisions inférieuresEnglish Football LeagueFocus

Preston North End : so Irish

Près de trois joueurs de Preston North End ont été sélectionnés par Martin O’Neill, l’entraîneur de la sélection irlandaise, sans compter l’absence de Sean Maguire pour blessure, pour le compte de l’UEFA Nations League. L’historique club du comté du Lancashire regorge de ces joueurs qui ont quitté leur île pour aider tant bien que mal les Northenders à retrouver la Premier League. Comment expliquer que le club du mythique gardien Alan Kelly rassemble autant de compatriotes irlandais ? Éléments de réponse.

Un passé glorieux

L’équipe de Preston 1888, les “Old Invicibles”
Dans l’ordre : Sudell (manager), Holmes, Ross, Russell, Howarth, J. Graham and Dr Mills-Roberts. Seated: Gordon, Ross, J. Goodall, F. Dewhurst.
(source : Wikipedia)

Preston North End est un club historique en Angleterre. Membre fondateur de la Football League en 1888, l’équipe entra dans l’histoire en remportant le premier championnat de l’histoire sans perdre un seul match. Les Old Invincibles ne se sont pas arrêtés là, puisqu’ils ont remporté la FA Cup sans encaisser le moindre but la même année 1889. À l’époque, une colonie écossaise brillait au sein de l’équipe. Lors de la finale face à Wolverhampton remportée 3 à 0, six joueurs alignés sur la pelouse du stade de cricket Kennington Oval étaient de nationalité écossaise (Sam Thomson, Jack Gordon, etc.). Preuve qu’historiquement, PNE s’appuie ardemment sur des joueurs étrangers pour réussir. L’heure n’est plus au succès depuis bien longtemps à Deepdale, mais recruter à l’étranger est une pratique ancrée dans l’histoire du club.

Et il n’y a pas qu’au sein de l’effectif qu’un pays voisin est représenté. Jimmy Milne, alors ex-joueur de Preston, devient manager en 1961 de cette même équipe. De nationalité écossaise, il perpétue la tradition et parvient à apporter un réel succès au club. En 1964, il emmène son équipe en finale de FA Cup et finit deuxième de la Deuxième Division la même année. Malgré une période inconstante où Preston franchit des montagnes russes, le club continue à faire appel à des joueurs et techniciens étrangers, un certain David Moyes a notamment fait ses gammes dès 1998 avant de rejoindre Everton en 2002.

Un passé marqué par une forte empreinte écossaise, aujourd’hui la donne est différente puisqu’une colonie irlandaise au sein de l’effectif s’installe et fait ses preuves.

Un présent de réussite

Aujourd’hui, une forte colonie irlandaise foule la pelouse des Lylywhites, mais dans un contexte bien différent que celui de la fin du XIXe siècle. Plusieurs explications peuvent satisfaire notre curiosité. Tout d’abord, il faut savoir que les joueurs du championnat irlandais coûtent peu chers par rapport aux joueurs anglais. Ils sont souvent engagés gratuitement après avoir échoué dans les académies des clubs anglais. Pour preuve, prenons l’exemple de Callum Robinson, l’actuel attaquant de Preston, joueur irlandais tout droit venu du centre de formation d’Aston Villa. D’abord engagé en prêt, il rejoint définitivement et gratuitement le club en 2016. Aujourd’hui, il est sélectionné pour jouer sous les couleurs de l’Irlande. Un ascenseur incroyable pour un joueur quelque peu perdu dans les indésirables des centres de formations de l’élite anglaise.

Force est de constater que pour ces joueurs, le niveau de Premier League est trop élevé. Ainsi, Preston présente un équilibre parfait pour les meilleurs joueurs irlandais qui souhaitent jouer au plus haut niveau, puisque le club joue en Championship et propose un salaire raisonnable pour ses joueurs. Pour le club, peu de risques sont pris, puisqu’ils sont souvent engagés libres. Le risque est plutôt faible et les expériences sont pour le moins réussies, incitant les dirigeants de continuer à adopter cette stratégie.

L’effet boule de neige

Imaginez une boule de neige roulant sur une pente enneigée, elle va grossir de plus en plus en dévalant la pente. Ce cercle vertueux permet à Preston de continuer à adopter cette stratégie payante. Les joueurs irlandais sont intéressés pour venir jouer à Preston North End puisqu’il y a déjà une colonie irlandaise installée et jouissant d’une certaine réussite. L’exemple de Graham Burke ne peut que confirmer ce constat. Il n’a joué aucun match de championnat avec Aston Villa entre 2011 et 2015. Après être retourné avec réussite dans son pays natal à Shamrock Rovers en 2017, il s’engage à Preston North End en 2018 malgré l’intérêt d’autres équipes de League One et de Championship. Pourquoi ? Il se trouve dans un environnement familier, quitter l’Irlande pour Preston n’est pas un véritable dépaysement.

Ainsi, les agents vont proposer plus de joueurs irlandais à Preston qu’ailleurs, puisque le nombre de compatriotes au sein du club offre un terrain propice. Le joueur irlandais aura plus la cote à Preston que dans un autre club. Ainsi, lors du mercato estival dernier, près de trois joueurs irlandais ont rejoint le club : Graham Burke, Andy Boyle et Kevin O’Connor (ces deux derniers ont été prêtés dans la foulée). PNE fournit également bon nombre de joueurs de l’île celtique : lors du même mercato, Eoin Doyle a rejoint Bradord City et Greg Cunningham a été vendu à Cardiff City.

Alex Neil, l’entraîneur de Preston North End. (crédit : zimbio)

Alex Neil, l’entraîneur de l’équipe, parvient à mettre en lumière ces joueurs irlandais qui prétendent à rejoindre l’équipe nationale. Martin O’Neill, le sélectionneur, a un oeil aiguisé chaque week-end sur les performances de Preston. Pour un joueur irlandais qui aspire à devenir international, mieux vaut signer à Preston qu’un autre club de Championship où il aura moins de visibilité pour vêtir le maillot au trèfle. Nous avons vu l’exemple de Callum Robinson et Graham Burke, qui ont été des acteurs essentiels lors du match de la sélection contre la Pologne (1-1, Nations League, 11/09/2018). Alan Browne fait également parti de ces joueurs qui sont appelés en sélection. 

Pourtant, Preston n’est pas véritablement dans une situation favorable en championnat. En effet, après six journées, le club n’a engrangé que cinq points, marqué cinq buts et encaissé neuf buts. Dans une Championship très relevé, la survie de PNE est d’actualité. Parviendront-ils à se maintenir ? La descente risque de compromettre la réussite du recrutement du club qui propose actuellement un compromis parfait pour des joueurs qui n’ont pas réussi en Premier League.

Mention spéciale à Sébastien Berlier de Football Irlandais qui a fortement contribué à cet article. Merci à lui.

L’auteur

Benjamin

Benjamin

Fan inconditionnel d'Arsenal depuis la douloureuse finale européenne au stade de France en 2006. Attend impatiemment la gloire retrouvée d'un club forgé par la légende Arsène, enfin parvenu à tourner la page. À la fois procrastinateur et salarié de l'Education Nationale, fan de séries et musicien à ses heures perdues.