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Millwall : des lions enragés ?

The Den, 5 décembre 2020. Dans le cadre du soutien au mouvement Black Lives Matter, les acteurs du match opposant Millwall à Derby County posent un genou à terre. Ils sont aussitôt bruyamment conspués par une grande partie des supporters de Millwall présents. La réaction du monde médiatique, politique et sportif est alors immédiate et quasi-unanime : les supporters des Lions – encore eux – ne sont que d’ignobles racistes. Et si la réalité était quelque peu différente ? Et si ces huées n’étaient pas la marque d’une opposition quelconque à la légitime lutte contre les discriminations ? Et si en définitive le réel était tout simplement complexe ? Décryptage d’une séquence enfiévrée.

Et le Den se mit à rugir

Ce devait être une fête avec le retour tant attendu du public dans le stade londonien après 9 mois de matches à huis-clos dus à la pandémie, ce fut un scandale. Comme à l’occasion de la plupart des rencontres depuis le Restart en juin en Angleterre – l’English Football League contrairement à la Premier League ne l’impose pas – l’ensemble des acteurs, avant le début du match Millwall / Derby County, mit genoux à terre en référence au mouvement Black Lives Matter venu des Etats-Unis. Aussitôt surgirent des travées du Den, exclusivement peuplées de 2 000 abonnés de Millwall, des huées fracassantes. Nul doute, Millwall, l’enfant terrible du foot anglais, cible médiatique facile et consensuelle (cf. leur célèbre chant “No one likes us, we don’t care !”), avait encore frappé.

Les critiques fusèrent alors. Ainsi, pour Aaron Bastani, écrivain et journaliste marqué à gauche : « Des fans de Millwall ont hué leurs joueurs pendant qu’ils mettaient genoux à terre. Certains en ligne le justifient parce que BLM serait marxiste, anarchiste, anti-britannique ou antisémite. La véritable raison est plutôt simple : ce sont des crétins racistes ». Côté sportif, même indignation. Le joueur de Derby Colin Kazim-Richards, qui a répondu aux huées en demeurant debout le poing en l’air, a parlé d’une « honte absolue », tandis que le manager de Millwall, Gary Rowett, a rappelé que ce geste n’était pas « politique mais anti-discriminatoire ». Enfin, l’ancien attaquant star Wayne Rooney, manager par intérim de Derby County, s’est étonné de la réaction : « Avec tout ce qui s’est passé récemment, c’était très surprenant ». 

Colin Kazim-Richards, joueur de Derby County, fait face aux huées du Den le 5 décembre

Millwall : un club gangréné par le racisme ?

L’accusation de racisme fut donc proférée à l’encontre des supporters des Lions. Il faut dire qu’aujourd’hui encore, malgré un public bien assagi, Millwall pâtit de sa réputation de club à problèmes, conséquence principalement des faits de hooliganisme perpétrés par ses fans jusque dans les 80s. L’an dernier, une partie du Den avait d’ailleurs été fermée à l’initiative du club après que le chant « Je préfère être un Paki [Pakistanais] qu’un Scouse [habitant de Liverpool] » eut été entendu lors d’une rencontre de Coupe d’Angleterre contre Everton.

Pour autant, quitte à évoquer le passé délictueux avéré d’une partie de sa fanbase, certains n’auraient-ils pas dû, avant de condamner, étudier précisément la composition de la fameuse firm de Millwall, les Bushwackers ? Qu’aurait-on alors risqué d’y découvrir ? Peut-être qu’elle était composée de jeunes gens aux origines culturelles bien diverses… Quid également du film “Arrivederci Millwall” – librement accessible aujourd’hui sur Youtube – narrant l’expédition, sur fond de guerre des Malouines, de lads de Millwall à la Coupe du Monde espagnole ? Dans un souci de réalisme, ce long métrage ne met-il pas en scène, parmi ses 4 héros, un fan issu des minorités de couleur ?

“Know you history !”, cette interpellation classique en Angleterre, en guise de critique, adressée à certains supporters fraichement convertis à leur club ne devrait-elle pas s’appliquer aussi aux divers commentateurs avant toute prise de parole ?

Une photo de la firm passée de Millwall, les Bushwackers, ou la réponse crue d’un fan des Lions à l’accusation de racisme.

Osera-t-on, par ailleurs, rappeler aux experts autoproclamés de la fanbase de Millwall que ces mêmes supporters ont élu récemment Jimmy Abdou à deux reprises joueur de l’année ? Tirant définitivement sa révérence à l’été 2018 au terme d’une saison prêtée à Wimbledon, après une longue carrière professionnelle commencée en 2002 à Martigues, le français aux 342 matches sous les couleurs des Lions avait alors déclaré: “Pour moi, quitter Millwall, c’est comme quitter une famille. Évidemment, je n’étais pas au club cette saison mais j’ai essayé de pouvoir venir voir des matches de Millwall quand j’en avais le temps. Millwall représente beaucoup pour moi. C’est là que j’ai passé le meilleur moment de ma carrière.” Et le Frenchie de conclure: “Mon fils est un “proper Millwall fan”. Je devrai revenir. Pour moi autant que pour lui également. Je serai de retour, j’espère”.

Avant de jeter Millwall en pâture, n’aurait-on pas pu également, dans un souci d’équilibre et de vérité factuels, rappeler la politique active de lutte du club contre toute forme de discriminations ? Les accusateurs zélés, s’ils se déplaçaient sur le terrain pour prendre la mesure de la réalité, pourraient ainsi découvrir, comme nous l’avons fait l’année dernière, que les racistes et autres aimables personnages de cet acabit sont loin d’être les bienvenus au Den. Les messages affichés sur les TVs dans les coursives du stade ne laissent à cet égard aucun doute.

Message pour le moins clair dans les coursives du Den…

Se dégage alors comme une désagréable impression qu’en dépit des efforts répétés et affichés du club et de ses supporters, la quasi-totalité des médias mainstream auront éternellement recours au storytelling porteur sur le thème “Millwall, foyer fécond de délinquance”. On se rappelle ainsi qu’un an plutôt, en 2019, la renommée et célèbre BBC elle-même avait pris l’attache du Millwall Supporters’ Club (MSC) pour être mise en relation avec un ou plusieurs supporters des Lions acquis au racisme dans le contexte politique du Brexit. Réponse claire et nette du MSC: primo, le MSC se dissocie de tout fan de Millwall de cette nature; secundo: l’attitude de la BBC est emblématique de la volonté des grands médias de dépeindre les habitués du Den sous des traits défavorables; tertio: le MSC continuera à œuvrer afin de maintenir le club en première ligne dans la bataille contre le racisme dans le football. Comment faire plus explicite ?

Au final, à qui profite ce récit d’un club épouvantail, définitivement gangrené par le racisme et que son passé poserait comme éternel coupable ? Des actes et des propos racistes ou antisémites explicites ont été lancés depuis d’autres tribunes, par d’autres supporters, sans pour autant susciter autant de commentaires et d’indignations. Millwall ne serait-il pas le bouc-émissaire idéal, l’arbre qui cache la forêt du racisme dans le football anglais ? En septembre dernier, Kick It Out, association œuvrant contre les discriminations dans le football, a mis en garde contre une augmentation «choquante» des signalements d’abus racistes dans le football professionnel – avec 282 signalements de racisme en Angleterre entre 2019-2020 contre 184 la saison précédente, malgré des centaines de matches disputés à huis clos ou annulés en raison de la pandémie.

Surprenantes huées ! Vraiment ?

Flash-back: juin 2020. Une foule nombreuse défile dans les rues de la capitale anglaise à l’appel de l’organisation Black Lives Matter. Parmi les manifestants, certains en profitent pour dégrader des monuments emblématiques de l’histoire du pays, telle la statue de Winston Churchill. Émoi national. Pour prévenir tout nouveau graffiti, le maire de Londres ne trouve rien de mieux les jours suivants – il fut vivement critiqué pour ce motif – que de mettre sous sarcophage le monument. Cette image du héros de la 2nde guerre mondiale caché aux yeux du public marqua.

En réaction, certains supporters s’affichent alors dans le pays autour des monuments aux morts pour les protéger. D’autres dont ceux de Millwall, s’affairent à nettoyer ceux déjà endommagés.

A la lueur de ces événements, les huées au Den le 5 décembre devaient-elles tant surprendre ? On se gardera bien de toute analyse rétroactive. Néanmoins, sans être totalement prévisibles, elles ne paraissent pas manquer de cohérence – on ne parle bien sûr pas de “pertinence”, car il ne nous importe pas ici de juger mais seulement de donner à connaitre la globalité des faits.

Interroger avant de juger

Pétris de certitudes et adeptes d’une lecture binaire et manichéenne de la “réalité”, les divers commentateurs du match Millwall / Derby County condamnèrent donc sans appel les fidèles du Den. Nul besoin à leurs yeux de se questionner sur les ressorts des réactions des fans des Lions, conspuer le mouvement Black Lives Matter ne pouvait qu’être synonyme de racisme. Dans ce concert unanime, de rares voix émergèrent pourtant cherchant à comprendre. Peu suspect de biais en faveur des fans de Millwall au regard de la forte rivalité géographique opposant les deux clubs, Simon Jordan, ancien président de Crystal Palace, se démarqua ainsi appelant, dès le lendemain du match, les fidèles du Den à lui expliquer leurs intentions.

De même et de façon louable, l’édition dominicale du Daily Mail, quotidien anglais, prit le temps, sous un long format, d’enquêter sur les objectifs poursuivis par les agitateurs du Den.

“Politiciens. Experts TV. Joueurs. Tout le monde a dit son avis sur Millwall et la polémique sur le genou à terre – à l’exception des fans impliqués. Nous sommes allés écouter leurs points de vue…”

Les supporters interrogés par le journaliste du Mail on Sunday ne firent pas mystère de leurs intentions qui, ô surprise, différèrent de celles avancées par les divers commentateurs. Ainsi de Paul Stimson, abonné de 69 ans et habitué du Den depuis 1964: “Ce n’était pas une question de race. Si tel était le cas, pourquoi les joueurs noirs n’ont pas été hués tout au long du match ? C’était une opposition à Black Lives Matter. […] Il n’y a pas eu autant d’histoires quand la statue de Churchill a été dégradée. […] Nous ne pensons pas que les manifestations de BLM portent aujourd’hui sur ce dont il était question au début. Ce mouvement semble avoir été instrumentalisé par la politique et il n’y a pas de place pour la politique dans un stade de foot comme dans n’importe quel sport.

Même calfeutrés au chaud, les commentateurs avaient également tout loisir, dès le soir du match, de sonder l’état d’esprit des fans de Millwall à la lecture de leurs réactions sur les réseaux sociaux. Là encore, aucune trace de racisme mais plutôt un retour de bâton revendiqué suite aux événements passés de juin dernier à Londres.

“Cet été, j’ai vu la culture et l’histoire britanniques détruites alors que la Police était à proximité et n’a rien fait. Profaner le Cenotaph et la statue de Churchill. Pendant que le Maire de Londres les calfeutraient. Regarder les footballeurs se mettre à genoux. Aujourd’hui j’ai eu la possibilité de faire entendre ma voix”

Quant au Millwall Supporters’ Club, il se fendit d’un long communiqué le lendemain du match après avoir, selon ses termes, “entendu autant de vues différentes que possible avant de commenter“. Ses propos, sans surprise, abondèrent dans le sens déjà évoqué par nombre de supporters: “Nous croyons fermement que les motivations derrière les huées n’étaient pas racistes. […] Quiconque pense qu’il s’agissait d’un acte raciste devrait lire les opinions de ceux qui se sont mis à huer et constater qu’ils l’ont fait en réaction aux mémoriaux aux morts et à la statue de Churchill dégradés par l’organisation Black Lives Matter, ainsi qu’aux positions politiques extrémistes que les partisans de BLM tiennent et auxquels le genou à terre est associé. […].

Ce communiqué visait clairement à l’équilibre, indiquant par ailleurs que “De façon équitable, tous les auteurs des huées doivent écouter l’opinion de Mahlon Romeo (joueur de Millwall) et des autres joueurs du club qui ont choisi de se mettre à genoux pour mettre en lumière la nécessité d’une action plus forte contre les discriminations, sujet sur lequel Millwall a toujours été au premier plan à travers le travail effectué au sein de notre community.” Et le MSC de proposer même une “charte du supporter” dont l’acceptation expresse conditionnerait l’accès au stade. Étaient ainsi notamment mentionnées dans cette charte l’interdiction de recourir à “des actes ou propos racistes, sexistes, homophobes ou discriminatoires” ainsi que l’obligation de les “dénoncer” s’ils devaient advenir.

“Guerre civile” à Millwall et débat enflammé dans le pays

Signe que les dirigeants de Millwall avaient conscience de marcher sur une ligne de crête, le club ne réagit officiellement que 20h après les événements du match. Certains médias relevant cette faible réactivité n’hésitèrent pas à parler de “guerre civile” au sein du club pour pointer le dilemme posé aux responsables des Lions. Devaient-ils, au risque de s’aliéner une partie de leurs abonnés, prendre le parti de leurs joueurs, dont certains s’affichaient très marqués par le brouhaha lors de l’hommage à BLM ? Fallait-il plutôt faire front avec les fans alors que l’accusation de racisme telle une lame de fond, balayait tout argumentaire contraire sur son passage ?

Face à ce choix cornélien, le club opta in fine pour une position médiane se déclarant “consterné et attristé par les événements du match” et rappelant “les efforts déployés pour améliorer sa réputation jour après jour, année après année, grâce au travail de son staff et de ses bénévoles“. Pour autant, le mot “racisme” ne fut pas employé, Millwall préférant préciser “demeurer en première ligne dans la lutte du football contre les discriminations” et “rencontrer tous les acteurs idoines dans les prochains jours dont l’association “Kick It Out” pour faire des événements de samedi un catalyseur pour des solutions immédiates ayant un impact à court et long termes“.

Cette prise de parole, si elle présentait l’avantage de ménager en interne la chèvre et le chou ne devait pas, loin de là, éteindre l’incendie que les supporters de Millwall avait allumé dans le pays. Journalistes, commentateurs, joueurs, politiques, on ne comptait plus les intervenants intéressés à la question car, plus que de football, il s’agissait désormais de définir ce qu’était Black Lives Matter. Était-ce un mouvement exclusivement centré sur l’indispensable lutte contre les discriminations, ou une organisation politique dont les objectifs vont bien au-delà de cette seule lutte à l’image notamment de ses prises de position radicales contre le capitalisme ?

Piers Morgan, grand supporter d’Arsenal et animateur vedette de l’émission TV “Good morning Britain”, assimila lui comme beaucoup d’autres les huées à une manifestation évidente de racisme. A ses yeux, ainsi que les joueurs de Millwall l’avaient précisé avant le match, se mettre à genoux ne signifiait en aucun cas apporter son soutien à une entité politique.

Cette lecture ne fut cependant pas celle du secrétaire à l’Environnement du gouvernement britannique, George Eustace, qui mit carrément le feu aux poudres le lendemain du match affirmant que “de façon évidente, la question des discriminations raciales est quelque chose que nous prenons tous très au sérieux. Mon opinion personnelle est que Black Lives Matter est actuellement un mouvement politique qui diffère de beaucoup de ce à quoi nous croyons tous, en l’occurrence lutter pour l’égalité raciale“. George Eustace tint, en outre, à préciser qu’ “il y a eu évidemment des problèmes de racisme dans le football dans le passé. Il est juste qu’il soit dénoncé et combattu quand nous le percevons“.

Le 6 décembre, des supporters de Colchester United ont eux aussi manifesté leur opposition à l’initiative BLM. “Un moment inévitable” estima alors l’éditorialiste conservateur Douglas Murray. « Sondage après sondage, on voit que les Britanniques rejettent complètement le racisme, mais dans le même temps ils ne veulent pas avoir à montrer obéissance à un mouvement politique en particulier. Beaucoup pensent même que la priorité politique de Black Lives Matter est source de division, et ont été heurtés par les violences commises aux États-Unis et à Londres pendant les manifestations. »

Au-delà de la bataille sémantique visant le mouvement BLM, d’aucuns ne manquèrent pas de rappeler, sur le plan purement sportif, le changement d’attitude des responsables du football anglais. En effet, à l’occasion du Restart lors de la saison 2019/2020, tous les maillots des clubs de Premier League et de l’EFL arboraient sur leurs manches l’écusson “Black Lives Matter” figurant un poing en lieu et place du “A”, écusson conçu par la compagne de Troy Deeney, joueur de Watford.

Or, au début de la saison en cours, il fut décidé, précisément pour éviter que cette démarche ne soit associée à des opinions politiques, de supprimer ledit logo. Désormais, les joueurs de Premier League endossent un maillot estampillé “No Room For Racism” – “Pas de place pour le racisme” – alors que ceux des championnats inférieurs affichent le message “Not Today or Any Day” – “Pas aujourd’hui ou un autre jour”.

Millwall – QPR: le match de tous les dangers

Millwall, sur lequel l’attention médiatique était toujours plus focalisée en Angleterre comme ailleurs, voyait de son côté arriver à grand pas et avec inquiétude un nouveau match au Den contre QPR avec, dans les tribunes, les mêmes abonnés que ceux présents lors de la soirée polémique contre Derby County. Qu’allait-il advenir ?

Même si le club n’avait pas expressément désavoué ses supporters suite aux huées, il était hors de question qu’un tel scénario ne se reproduise. Que faire alors ? De nouveau, le club de South London marchait sur des œufs. Millwall prit une décision qu’on pourrait encore qualifier d’entre-deux: les joueurs du club ne se mettraient pas à genoux, à la différence de ceux de QPR qui y tenaient (même s’ils ne le faisaient plus depuis quelques matches), mais s’afficheraient avec un maillot barré du nom de l’association précitée Kick It Out. Les joueurs des deux équipes devraient également, avant le match, se rassembler derrière une bannière appelant à lutter pour l’égalité.

Enfin, aux supporters présents au Den fut distribué un tract rappelant l’importance du match pour le club – Millwall évoquant même le “match le plus important de son histoire” – et les enjoignant à respecter le geste des joueurs de l’autre équipe de la Capitale qui s’agenouilleraient avant le coup d’envoi. Au final, les 22 joueurs rassemblés au centre du terrain derrière la bannière furent chaleureusement applaudis; de même que les joueurs de QPR reprenant la gestuelle de Black Lives Matter avant le coup d’envoi. La soirée annoncée comme celle de tous les dangers pour ce “petit” club de Londres s’avéra donc sans soucis ou presque…

Quelques journalistes formulèrent, en effet, des remarques acerbes au sujet du ton employé par Millwall dans son tract destiné au public. Les exégètes du document tiquèrent en particulier sur son avant-dernière phrase rédigée de la sorte:

“The eyes of the world are on this football club tonight – your club – and they want us to fail.”

“Les yeux du monde entier sont tournés vers ce club de football ce soir – votre club – et ils veulent que nous échouions.”

Les commentateurs de Sky Sports, Don Goodman et Keith Andrews, qualifièrent la tonalité générale du tract de “disgraceful” (“honteux”) et “barbaric” (“barbare”). Quant à Tony Evans du quotidien “The Independent”, il consacra au flyer un article entier reprenant la phrase contestée en guise d’introduction. A ses yeux, le club n’appelait pas à l’unité contre le racisme, mais uniquement à l’unité contre ceux qui voulaient le vouloir échouer (cf. “they want us to fail“). Actant l’engagement efficace du club auprès de sa community, il alléguait que Millwall méritait mieux que ce type d’argument pour conclure, de façon lapidaire, son papier en référence à la phraséologie retenue par Millwall: “Only racists want Millwall to fail in the fight against racism“. Fermez le ban.

Quoi qu’il en soit, la catastrophe redoutée n’eut pas lieu et cette vive polémique parait devoir aujourd’hui appartenir définitivement au passé. Mieux encore pour Millwall, la Football Association a annoncé le 18 décembre qu’aucune action disciplinaire ne serait engagée à son encontre. Mais, signe que l’interprétation à donner de la gestuelle Black Lives Matter peut toujours être source de divergences, cette instance a tenu à apporter quelques précisions: “Pour être clairs, nous ne considérons pas le genou à terre comme un symbole politique et nous affirmons qu’il ne peut maintenant y avoir aucun doute sur le sens de ce geste dans le cadre du football“.

Cette déclaration visant à dissiper toute ambiguïté avait suivi de quelques heures seulement la publication d’un sondage réalisé par la Professional Footballers’ Association auprès de ses membres (Premier League, EFL et Women’s Super League) révélant que les 400 joueurs ayant répondu avaient notamment exprimé à 80% le souhait de continuer à s’agenouiller avant le début des matches.

Un beau cadeau de fin d’année

La nouvelle est tombée cette semaine même: la puissante (et parfois décriée) chaine de TV Sky Sports a pris l’initiative de s’associer pour trois ans au combat mené depuis 1993 par l’association Kick It Out contre le racisme et toute forme de discrimination. A la clef, un budget conséquent de 3M£ destiné à financer des actions éducatives et faciliter le combat contre ces fléaux tant sur le web que dans les stades.

Il serait sans nul doute d’une grande naïveté que de corréler ce soudain support financier aux événements passés à Millwall. On s’accordera seulement à se réjouir que la lutte contre le racisme trouve en cette période festive un heureux bienfaiteur dans l’intérêt de tous les amoureux du beautiful game. Happy end ?

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L’auteur

Olivier Laval

Olivier Laval

Amoureux des ends anglaises et des curve italiennes. Ecume les tribunes populaires depuis plus de trois décennies. Le foot se vit au stade et debout !