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Luton Town, ascension fulgurante !

Dans le giron des clubs anglais en bonne santé, Luton Town a une place de choix. Les Hatters continuent leur développement en League One cette saison et rêvent secrètement de Championship dans quelques mois. Découverte.

Stade ancestrale et descente aux enfers 

C’est l’histoire d’un club qui (re)monte les marches en toute quiétude. Un club situé à environ une heure de la gigantesque métropole londonienne. Son nom : Luton Town. Quand on parle de Luton, on pense forcément à l’industrie du chapeau, fleuron de la ville lors de la révolution industrielle, son aéroport, mais également à “Sumo”, Steven McNulty connu pour son physique grassouillet sur le pré.  En League One depuis deux ans, les Hatters illustrent à merveille ce concentré de football sain.

Aussi sain que Kenilworth Road, l’antre des oranges et ses tourniquets d’une autre époque, ses artères décrépies, ses tribunes austères. Symbole d’un football d’un autre temps. Profitez-en d’ailleurs, en 2020, Luton quittera Kenilworth Road pour un stade flambant neuf sur le site de Power Court, à deux pas de l’université de la ville.

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En 2020, Kenilworth Road ne sera plus le théâtre des exploits de Luton. 
©cityroad.com 

Mais tout n’a pas toujours été rose sportivement. Le club a en effet vécu plusieurs périodes ombrageuses dans son histoire récente. Redressement judiciaire en 2007, dégringolade sportive et 30 points déduits lors de la saison 2008-2009. Mauvais timing, car il y a dix ans, les instances anglaises avaient décidé de taper du poing sur la table. La cause, l’ingérence de plusieurs clubs après le fiasco d’ITV Digital en 2002, principal bailleur de fonds de la Football League. Au banc des accusés : Bury, Bournemouth, Hartlepool, Rotherham, Southampton… La liste est longue. Luton n’y avait pas échappé et s’en est bien remis depuis.

Le tournant fut la saison 2013-2014 qui vit le club revenir en Football League après cinq années de purgatoire dans les affres de la Non-League et ses rentrées d’argent – BEAUCOUP – moins volumineuses. Un travail mené par l’excellent John Still, entraîneur dont la carrière de coach a débuté à Leytonstone en… 1976 et manager aujourd’hui de Barnet. Le sexagénaire fera de Luton une machine à gagner lors de son passage entre 2013 et 2015. Champion de National League avec 102 buts inscrits et 19 points d’avance sur Cambridge 2ème. Puis, une 8ème place dès le retour en League Two, annonciatrice d’un futur prometteur.

Nathan Jones l’entraîneur farouchement catholique…

Still parti du côté de Dagenham en décembre 2015, c’est Nathan Jones qui prit les rênes du club en janvier 2016, réalisant le tour de force de le faire monter en moins de trois ans en League One. À 43 ans, l’ancien milieu défensif, avait déjà quelques années d’expérience à Brighton occupant tour à tour les rôles d’entraîneur-chef adjoint sous Oscar Garcia – il parle couramment espagnol – et d’entraîneur intérimaire à la suite de l’éviction de Sami Hyypiä. Surtout, il revenait 20 ans après un passage furtif à Luton, où il n’avait jamais eu sa chance en tant que joueur.

L’entraîneur Jones revient alors avec des idées de jeu précises, mais aussi sa foi, son coeur et Dieu. Le Gallois ne s’en cache pas, depuis tout jeune, la religion et le catholicisme sont des pans inhérents de sa personnalité. “L’église est la chapelle de la vie assumait-il au INewspaper en mars dernier à 16 ans, mes parents m’ont demandé de prendre une décision. Si je voulais continuer dans la foi, je le pouvais, sinon, c’était à moi de choisir. Mais le choix n’était pas difficile, j’étais un chrétien heureux et le je suis encore.”

Profondément marqué par sa pratique, Nathan Jones accorde une importance fondamentale au catholicisme dans ses choix. ©SkySports

Sa carrière de joueur, il la développera autour de la pratique religieuse, même si comme il l’affirme, il n’a aucune preuve matérielle pour prouver l’existence de Dieu. Malgré tout, les décisions qu’il a prises ont toujours été avec son accord : “j’ai tout fait avec Dieu. J’ai suivi sa parole. D’autres personnes diront que j’ai suivi mon instinct, mais je crois qu’il m’a guidé, qu’il m’a gardé en sécurité, et qu’il m’a béni avec tant de choses.” Pour cette pratique prononcée, Nathan Jones fut même surnommé – affectueusement – par ses anciens coéquipiers “Bible basher” (le “religieux fanatique”).

“Si je traite un joueur de manière injuste, je ne peux pas lui demander de répondre car j’ai tort.”

Tatoué au niveau du dos, des épaules et des bras, le coach de 45 ans a parfois eu des difficultés à allier la religion et le football. En cause, les déplacements fréquents d’une ville à une autre, l’exigence du haut niveau et la tentation véhémente des sorties nocturnes. “Ma foi m’a permis de rester sur le droit chemin concède-t-il si je m’égarais, je pouvais y revenir rapidement.” Et quand Nathan Jones décida de retirer son maillot de joueur pour enfiler son costume d’entraîneur, le discours rigoriste n’évoluait guère : “garder heureux un groupe de 27 joueurs égoïstes, remplis de testostérone est presque impossible. Je dois rester concentrer pour garder leur respect. Si je traite un joueur de manière injuste, je ne peux pas lui demander de répondre car j’ai tort. Le christianisme me permet d’être honnête et d’avoir un équilibre.”

Aux idées de jeu espagnoles

Catholique assumé, Nathan Jones est aussi un coach à l’idéologie footballistique bien ancrée. Son but, avoir une équipe joueuse qui sait tenir le ballon, à la manière du ballet que nous offrent les équipes espagnoles. Il ne s’en cache pas, il préfère être plus proche dans l’identité de jeu d’une équipe comme Barcelone que Manchester United. “L’Espagne m’a apporté une vision différente du football dans la préparation des entraînements et des matchs” confiait-il au El Iberico il y a quelques jours. Le Gallois l’affirme sans retenue, ses passages à Numancia puis Badajoz au milieu des années 90 l’ont profondément inspiré : “j’ai beaucoup appris dans les deux clubs, même si mon expérience avec le Numancia a été plus enrichissante, tant sur le plan professionnel que personnel. J’ai eu la grande chance de travailler avec Antonio Gómez, entraîneur auprès duquel j’ai beaucoup appris sur le jeu.”


“L’Espagne m’a apporté une vision différente du football dans la préparation des entraînements et des matchs”

Nathan jones 

Sur le terrain, cette philosophie consubstantielle à celle de L’Espagne se traduit par une possession quasi systématique à chaque match et un football d’attaque. Depuis l’intronisation de Nathan Jones, les Hatters ont inscrit 282 buts en moins de trois saisons. Considérée comme une formation défensive avant son arrivée, Luton est désormais décrite comme une des équipes les plus offensives de Football League. Et ce style alangui, Nathan Jones n’y est pas étranger.

Une réputation de buteurs cliniques

André Gray (Watford), Jack Marriott (Derby County). Ces deux attaquants élégants, attirés par le but, ont étrenné la tunique de Luton à Kenilworth Road. Et bien souvent avec une franche réussite. Gray a collé 55 buts en 106 matchs disputés avant de déguerpir à Brentford, tandis que Marriott a inscrit 28 pions en 91 rencontres et fait désormais les beaux jours du Derby County de Frank Lampard en Championship.

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A 29 ans, Danny Hylton est au summum de sa carrière. 
©FootballLeagueWorld


Cette myriade de buteurs est désormais imitée par Danny Hylton, qui en l’espace de 96 matchs disputés, a fait trembler les filets à 55 reprises. Auteur d’un récent triplé contre Accrington, ce longiligne attaquant de 29 ans n’est sans doute pas le plus beau joueur de son équipe. En revanche, ses qualités de buteur font de lui une arme redoutable. Gareth Ainsworth, l’entraîneur de Wycombe qui l’a affronté la saison passée était dithyrambique à son égard : “c’est un très bon attaquant. Sans doute l’un des meilleurs de la Football League. Il est capable de marquer à n’importe quel moment.”

L’autre maître-artificier des Hatters se nomme James Collins. Arrivé l’an dernier à Luton, l’attaquant irlandais de 28 ans à la gouaille sympathique, s’est imposé rapidement comme le pendant de Danny Hylton. 20 buts la saison passée, 5 pour le moment. Des standards habituels, puisque depuis 2014, il a toujours marqué au moins 15 buts sur une saison complète. Luton détient sans doute une des paires les plus redoutables de League One.

Avec eux, le club peut rêver d’une accession en Championship. Actuellement cinquièmes au classement, les Hatters enchaînent les performances de bonne facture et ont aligné cinq victoires lors des six dernières journées. Un jeu séduisant, une attaque crainte par les adversaires, un coach dans la lignée d’une génération britannique aux idées novatrices. Ce savant mélange peut permettre à Luton d’envisager de belles choses dans les mois à venir.

 

L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.