Day-Brief

Manchester derby : City donne la leçon

Dans une rencontre maîtrisée de la tête et des épaules, Manchester City s’impose fort logiquement face son rival United. Les hommes de Guardiola disposent désormais de 12 points d’avance sur les Red Devils. Retour sur le premier derby de la saison.

Résumé 

Une fois mais pas deux. Auteurs d’un hold-up en fin de match sur la pelouse de la Juve mercredi soir, les Red Devils n’ont pas réédité pareille performance face au voisin mancunien. Dépassés dans la maîtrise technique, ils ont pris l’eau d’entrée de match dans une ambiance, une fois n’est pas coutume, surchauffée à l’Etihad Stadium. Les Skyblues, emmenés par un David Silva de gala, sont venus concrétiser une entame de feu par un but du milieu de poche espagnol après un bon centre de Sterling, et une bonne remise de Bernardo (12′). Le tout devant une défense des Red Devils spectatrice de ses propres déboires. 

Après cette entame parfaite, les Red Devils ont commencé à mettre le pied sur le ballon. Plus tranchant à la récupération, Matic a pointé le bout de son nez. Martial s’est montré disponible, Fellaini était au four et au moulin. En mode gestionnaire, City n’aura toutefois pas concédé d’occasions franches. La solidité des locaux ainsi que le manque de conviction du trio Lingard-Martial-Rashford auront eu raison des timides offensives des visiteurs. La faute à des joueurs isolés, en panne d’inspiration et de soutien. L’absence de Pogba, dont la maîtrise technique et l’aura ont manqué à ses partenaires, s’est fait ressentir. 

L’entrée en jeu de Lukaku avait suscité un regain d’énergie chez les Red Devils (source DH).

Il n’en fallait pas plus aux Cityzens pour punir des visiteurs qui ont tendu l’autre joue dès le retour des vestiaires. Un dégagement de De Gea, une bonne passe de Bernardo pour Agüero (48′), un une-deux de ce dernier avec Mahrez avant une frappe chirurgicale sous la barre. Le break était fait. A ce moment là, personne n’imaginait United se remettre sur ses pieds. Et pourtant, l’entrée de Lukaku a redonné de l’espoir aux siens. Sur un deuxième penalty concédé par Ederson sur ses deux dernières rencontres de Premier League, Anthony Martial réduisait la marque à la surprise général, signant au passage sa sixième réalisation cette saison (58′). 

Les supporters des deux camps se sont alors remémorés le dernier derby joué à l’Etihad en avril dernier. Menés 2-0 à la pause, les Red Devils étaient revenus de l’enfer pour signer une victoire retentissante grâce, notamment, à un doublé de Pogba. Il n’en fût rien cette fois. Trop supérieurs dans la maîtrise du ballon, les Cityzens n’ont jamais réellement paniqué. MIeux, sur une séquence de 44 passes, lesSkyblues sont allés clore la marque sur un modèle d’action collective ponctuée par un but du revenant Ilkay Gündogan. La messe était dite. Manchester City remporte son premier derby à domicile depuis 2014 et confirme qu’il est, à l’heure actuelle, le candidat le plus légitime à sa propre succession en championnat. Pour les hommes de José Mourinho, relégués à 12 points de leur adversaire du jour, il faudra sans doute faire une croix sur le titre et se concentrer sur une nouvelle qualification en Champions League, en attendant des jours meilleurs.

Analyse tactique 

Pas énormément de surprises de ce côté là. Pep Guardiola avait aligné son traditionnel 4/3/3 en privilégiant Mahrez et Sterling pour animer les côtés. Même système de jeu côté United avec un trio Lingard-Martial-Rashford, qui a quelque peu déçu, et la titularisation surprise de Fellaini au pied levé dans l’entrejeu. L’affrontement tactique entre les Guardiola et Mourinho aura bel et bien eu lieu mais jamais donner une allure épique à cette rencontre. Manchester City a fait tourner le ballon, parfois sans réelle intention de porter le ballon, à l’instar des vingt dernières minutes de la première période. Les Red Devils, eux, ont défendu en bloc et patiemment attendu leur heure. Sauf qu’elle ne sera jamais réellement venue. La formule défensive concoctée par Mourinho aurait pu fonctionner si la défense s’était montrée plus solide sur les trois buts des locaux. Mais c’est aussi au milieu de terrain que la différence s’est faite. La mobilité des deux Silva, le bon placement de Sergio Agüero entre les milieux et la charnière adverse ont souvent posé de nombreux problèmes aux Red Devils. 

Sergio Agüero profite d’une défense apathique et d’un dégagement initialement raté par de Gea pour doubler la mise (source Eurosport).

En face, l’isolement notable des trois attaquants a empêché de développer des offensives dignes de ce nom, en contraste avec la proximité et la complicité des Skyblues sur le terrain.  Les rares séquences sur lesquelles Shaw était monté, entre autres, s’étaient pourtant avérées intéressantes. Fellaini a témoigné d’une belle activité en première période, que ce soit dans sa propre surface ou en tant que pivot dans la moitié de terrain adverse. Les milieux de terrain en générale, ont perdu trop rapidement le contrôle du ballon face à un pressing assez bien mené. L’entrée de Lukaku aura au moins permis aux visiteurs de trouver un point d’appui sur les premières relances. La victoire, comme l’a souligné à juste titre Mourinho en conférence de presse, aura donc essentiellement basculé du côté des Cityzens en raison des erreurs défensives commises par l’arrière-garde mancunienne. 

Top(s) : Silva(s)

Pourquoi choisir quand on peut se délecter de voir un duo de joueurs aussi agréables à regarder ? Si Manchester City s’est imposé et a marqué ce derby de son empreinte, il le doit en grande partie à sa doublette David Silva-Bernardo Silva. Le premier cité, à 33 ans, n’est pas loin d’être dans la forme de sa vie. Déjà buteur ce mercredi en Champions League, El Mago a inscrit son quatrième but de la saison en championnat. Surtout, il a donné le tempo de ce derby, à l’image d’un métronome. C’est bien simple, il suffit de regarder la séquence de 44 passes sur le troisième but et de voir les faits et gestes du milieu ibérique. Juste techniquement, toujours prêt replacer ses coéquipiers par de grands gestes du bras, il a guidé les Skyblues vers un succès mérité. 

De Bruyne absent ? David Silva et Bernardo se sont chargés de faire oublier le Belge avec brio.

Et que dire de son compère Bernardo ? Seules quelques imprécisions sont venues compensées une activité de tous les instants. Que ce soit par ses déplacements, son travail de harcèlement, ses qualités techniques, il a également survolé les débats dans l’entrejeu. Sa passe décisive en fin de match est un bonbon et sa combativité est tout simplement exemplaire. Alors que la nouvelle blessure de De Bruyne apparaissait comme un coup dur, David et Bernardo sont venus rappeler que la machine Cityzen n’était pas prête à baisser le pied. 

Flop(s) : la défense de United

Luke Shaw qui laisse filer Bernardo dans son dos sur l’ouverture du score. De Gea qui manque son dégagement sur le second but. Un alignement défectueux sur le troisième. La fragilité des Red Devils leur aura coûté cher aujourd’hui. Ashley Young a lui éprouvé toutes les peines du monde à contenir les différents mouvements orchestrés par Sterling et Silva, quand ce n’est pas Mendy qui venait y ajouter son grain de sel. Avec 21 buts concédés en 12 rencontres, Manchester United constitue la quinzième défense de Premier League. Le problème est clairement identifié. 

La décla

Je ne vais pas prendre ça comme une excuse [le voyage en milieu de semaine], ce n’est pas moi. Mais je pense que tout le monde doit convenir que c’est une chose d’aller à la Turin et de jouer en Ligue des champions contre l’une des meilleures équipes du monde […]. C’en est une autre à faire de battre le Shakhtar Donetsk à la maison, de jouer au foot et d’être complètement détendu. Je ne veux pas dire que City n’est pas une très bonne équipe, je dis simplement que nous sommes arrivés dans des circonstances un peu différentes“. 

Sans chercher d’excuses, José Mourinho semblait tout de même mettre en avant la différence de fraîcheur entre les deux équipes. Tout en déplorant la perte de Pogba par forfait et la titularisation de Fellaini.

Le tweet 

Il aura fallu une séquence guardiolesque de près de deux minutes et 44 passes pour déterminer définitivement l’issue de ce match. Un pur plaisir pour les yeux. 

L’auteur

Clément

Clément

Maladroit dans la vie comme Valère Germain devant le but, passionné du beau jeu de Bielsa en passant par Guardiola, fan de Manchester City depuis des années, jusqu'aux abords du fameux Emptyhad. Nostalgique de Leeds où il a vécu, dans une ville qui manque à la Premier League. Peut passer du calme et de l'impassibilité d'un Mourinho à la folie furieuse de Klopp en un quart de seconde au cours d'un match.