Day-Brief

Leicester, révolution et renaissance

En déplacement chez un Watford affamé de maintien ce samedi (13h30), Leicester City doit conserver huit points d’avance sur Manchester United pour retrouver la Ligue des Champions. Situation sensationnelle pour une équipe au rendement inégal et empêtrée au milieu de tableau l’an dernier. Mais une révolution est passée. Retour sur les ingrédients qui ont changé les résultats et le destin des Foxes.

Contexte de pré-saison

Leicester est sur le podium de la Premier League. Il faut remonter en février 2019 et l’arrivée de Brendan Rodgers au poste de manager pour voir les Foxes faire leur révolution, aidés par le prêt de Youri Tielemans au même moment. Sous Rodgers, Leicester ne remonte que de la 11ème à la 9ème place, mais termine la saison dernière avec 5 victoires en 10 matches, pour seulement 3 défaites.

Dépouillé de Maguire à l’été 2019 mais renforcé par le transfert définitif de Tielemans, les signatures d’Ayoze Pérez en attaque, de Dennis Praet au milieu et de James Justin en défense, Leicester réussit un mercato estival judicieux. Dans la lignée de ceux opérés avec Claude Puel, lesquels comptaient les arrivées de Ricardo Pereira, Soyuncu, Maddison et de Tielemans, en prêt. À l’aube de l’exercice 2019-2020, Leicester, candidat à l’Europe, affiche peut être son meilleur visage depuis la saison du titre de 2016.

Révolution offensive réussie

… malgré un premier échec sous Puel

Après ce mercato 2018, attribuons d’autres lauriers à l’entraîneur castrais. Si la révolution tactique de Leicester a été menée à bien par Brendan Rodgers, elle fut initiée par Claude Puel. C’est lui qui mit fin au 4-4-2 traditionnel des Foxes, qui avaient retrouvé et remporté la Premier League, avant d’atteindre les quarts de finale de la Ligue des Champions dans ce système.

Revenons à l’été 2018, à l’aube d’une saison post-Riyad Mahrez. Puel installe James Maddison en meneur de jeu, dans un 4-2-3-1 qui rompt avec les habitudes locales. Exit l’attaquant d’appui (Okazaki, Ulloa, Slimani) aux côtés de Jamie Vardy. La flèche anglaise devient la seule pointe du système de Puel. Mais l’opération tactique échoue. D’abord à cause d’un manque d’ailiers créatifs. Demarai Gray, Rachid Ghezzal, Marc Albrighton et même Harvey Barnes, meilleur passeur décisif des Foxes cette saison (avec 6 unités), n’ont su construire l’écosystème offensif imaginé par Puel.

Claude Puel
Défait 1-4 par Crystal Palace pour le dernier match de Claude Puel sur le banc, Leicester a vécu des moments difficiles en 2018-2019 © BBC

Toujours menaçant en contre, Leicester s’offre les têtes de Chelsea (1-0) et Manchester City (2-1) lors des vacances de Noel. Mais face aux formations de milieu et de bas de tableau, les Foxes performent inégalement. Peu cohérente et créative, l’équipe peine à déséquilibrer ses adversaires. Une situation qui rend Jamie Vardy moins menaçant, car sevré de ballons donc plus facile à isoler pour les défenses adverses.

Tielemans, l’étoile qui manquait à votre milieu

L’an dernier,  le jeu de Leicester manquait aussi (surtout) de variations et d’intensité au milieu de terrain. Un secteur où ses concurrents directs comme Wolverhampton et Everton jouissaient des duos Ruben Neves – Moutinho et des trios André Gomes – Gueye – Sigurdsson. Leicester s’appuyait pourtant déjà sur Wilfried Ndidi, deuxième plus gros tacleur (3,8 tacles/match) et 8ème meilleur récupérateur de Premier League l’an passé (1,4 interception/match) et sur Maddison, recordman d’occasions crées en PL (100), aussi auteur de 7 buts et 3 passes décisives.

Mais il manquait un profil hybride au milieu des Foxes. Un pion défensif et offensif pour gagner les batailles de l’entrejeu. Nempalys Mendy (31 matches), Daniel Amartey (9), Vincent Iborra (8) et Adrien Silva (2) ont tous déçu dans ce domaine.

Youri Tielemans
Arrivé au mercato d’hiver 2018, Youri Tielemans est un rouage essentiel de la machine Leicester © Telegraph

C’est avec le prêt de Youri Tielemans au dernier jour du mercato hivernal que Leicester résout son problème. Trop tard pour Claude Puel, licencié deux matches après l’arrivée du Belge. Malgré une première partie de saison compliquée avec Monaco, Tielemans et ses qualités de milieu hybride explosent en Premier League. Précieux dans l’équilibre défensif et utile dans le développement des actions de Leicester, Tielemans devient aussi un atout offensif. En 13 matches la saison dernière, il est le troisième milieu axial à tenter le plus de tirs en Premier League (2,4/matches, 3 buts) et le quatrième à donner le plus de passes décisives (0,3/matches). Avec une note moyenne de 7,14 sur WhoScored, Tielemans marque son territoire et change la donne pour Leicester.

Cette saison, il reste le sixième joueur à son poste à tenter le plus de tirs (1,8/match, 3 buts, 5 passes décisives) et le 10ème à donner le plus de passes clés (amenant un tir, 1,4/match). Si le trio Henderson-Wijnaldum-Fabinho fait fonctionner la salle des machines de Klopp à Liverpool, Tielemans est le rouage qui manquait au paquebot Leicester.

Vardy, retour vers le futur

Depuis le titre des Foxes, Jamie Vardy est poursuivi par l’ombre mystique de sa saison 2015-2016 (24 buts). Aujourd’hui, il l’a presque rattrapée, marquant 19 fois en 26 matches disputés. À 33 ans, l’Anglais repousse son déclin, en quête d’une nouvelle aventure européenne. Et pourrait sortir de sa retraite internationale à un an de l’Euro, comme il l’a suggéré auprès de Sky Sports en mars.

L’an dernier, l’Anglais n’avait marqué que 8 fois en 27 matches avant le licenciement de Claude Puel. Il marqua 9 fois lors des 10 matches dirigés par Brendan Rodgers, pour finir la saison à 18 buts. Avant Rodgers, Leicester marquait 0,82 but par matches. Avec l’arrivée du Nord-Irlandais, la moyenne monte à 1,7. Onzième meilleure attaque du championnat l’an dernier (51 buts), les Foxes sont aujourd’hui la troisième armada de Premier League (58 buts).

Jamie Vardy
À la poursuite de son record de 2016 (24 buts), d’une nouvelle Ligue des Champions à disputer avec Leicester et d’un retour en sélection, Jamie Vardy est dans la forme de sa vie © Transfermarkt

Ayoze Pérez et Harvey Barnes, solutions offensives multiples

Via un chèque de 44M€ signé l’été dernier, Leicester a conservé Tielemans. Recruté à Newcastle contre 33M€, Ayoze Pérez devait dynamiter les ailes d’une attaque trop amorphe en 2018-2019. L’Espagnol n’est pas une référence en Premier League à son poste. Leicester devrait même rechercher un autre ailier pour aborder une éventuelle campagne de Ligue des Champions. Mais Pérez est au moins un danger supplémentaire à surveiller dans la profondeur en plus de Vardy. Un relais qui aime combiner côté droit avec Pereira. Un apport statistique non négligeable (7 buts, 4 passes décisives).

À 22 ans, Harvey Barnes est un autre carte de l’attaque de Leicester. Menace latérale, l’ailier aime repiquer au coeur du jeu. Il apporte les variations qui manquaient aux Foxes l’an dernier, grâce à sa mobilité et à ses combinaisons avec ses partenaires du milieu et de l’attaque. Auteur de 6 buts cette saison, Barnes et le meilleur passeur des Foxes (6).

Implication collective

Septième meilleure défense de PL l’an dernier (48 buts encaissés), Leicester n’a pas recruté pour compenser le départ de Maguire l’été dernier. C’est Caglar Söyüncü, recruté à l’été 2018 (encore sous Claude Puel), qui a remplacé l’international anglais, devenant une révélation à son poste en Europe. Avec son ainé Jonny Evans (32 ans), Söyüncü compose une charnière qui contraste en tout point avec la défense de Leicester l’an passé. En 2018-2019, aux côtés d’un Maguire indiscutable (31 matches), on retrouvait tantôt Jonny Evans (24 matches), tantôt Wes Morgan (22 matches) dont les performances variaient du moyen au mauvais. Cette année, Evans et Soyuncu ont disputé 29 et 28 matches sur 29 possibles. Tous deux sont dans le Top 10 des défenseurs centraux de Premier League selon le site WhoScored, avec des moyennes de 6,95 et 7,09/10. Et Leicester arbore la médaille d’argent des défenses anglaises, avec 28 buts encaissés.

Brendan Rodgers
Grâce à ses profils talentueux et à la tactique de Brendan Rodgers, Leicester retrouve les sommets © Telegraph

Avec 4,3 et 4 tentatives par matches, Ricardo Pereira et Wilfried Ndidi sont les plus gros tacleurs de Premier League cette saison. Le Nigérian est aussi le deuxième joueur à faire le plus d’interceptions en championnat (2,7/match) et le 3ème à contrer le plus de passes (1,5). L’arrière garde n’est pas la seule composante concernée par les phases défensives. Leicester est l’équipe qui tente le plus de tacles en Premier League cette saison (19,6/match) et la deuxième qui intercepte le plus de passes (8,7).

La dynamique à relancer en 2020

Défait par Manchester City (1-3) et Liverpool (0-4), Leicester a lâché la course au titre à Noel. Et a continué de souffrir avant la coupure de la Premier League (3 victoires en 2020). Les désillusions contre Southampton (1-2), à Burnley (1-2) et à Norwich (1-0) ont ramené Leicester à portée de fusil de Chelsea (5 points), de Manchester United (8) voire de Wolverhampton et Sheffield United (10).

Une baisse de régime qui n’a pas empêché Vardy & Cie de montrer leur force de frappe contre West Ham (4-1) et Aston Villa (4-0) avant l’interruption du championnat. Contre Manchester City (J27), les hommes de Brendan Rodgers ont fait preuve d’une bonne cohésion défensive, malgré une défaite 1-0. Les Foxes ont enfin atteint la demi-finale de League Cup et disputeront un quart de FA Cup contre Chelsea le 28 juin.

Les concurrents à la course pour la Ligue des Champions ont faim. Manchester United a été transformé par sa recrue Bruno Fernandes. Chelsea est ravivé par les arrivées prochaines de Ziyech et Werner et par l’éclosion de talents comme Billy Gilmour. Sans Ricardo Pereira (ligaments croisés), Leicester doit prouver que ses performances n’étaient pas le fait d’une simple saison réussie. Mais bien le retour d’une équipe capable de concurrencer les favoris de la Premier League à moyen ou long terme.

Demain, Leicester sera défié par le Watford de Nigel Pearson, le manager qui avait ramené les Foxes en Premier League il y a 6 ans. L’occasion pour Jamie Vardy de signer sa 300ème apparition sous le maillot bleu. Avec 99 buts à son compteur en Premier League, l’Anglais ne peut rêver mieux que d’atteindre le centenaire. Enfin si, d’un come-back en Ligue des Champions.

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L’auteur

Mathieu

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